Vapotage : les vrais millions des fausses organisations de consommateurs

Par Stéphane Horel

Publié aujourd’hui à 17h02, mis à jour à 18h27

Le minibus du mensonge

« Vous êtes vapoteur ou fumeur ? » Ils sont une demi-douzaine à aborder les passants, flyers à la main, slogan floqué sur leurs tee-shirts en polyester : « Back Vaping. Beat Smoking » (« Soutenir la vape. Vaincre le tabagisme »). Après Barcelone, Milan ou Berlin, le minibus électrique de la World Vapers’ Alliance (Alliance mondiale des vapoteurs), gant de boxe rose sur le toit, fait étape à Shoreditch, un quartier hipster de Londres, fin septembre 2021.

Lancé dans une tournée européenne qui s’arrête dans huit pays, ce véhicule-là ne diffuse pas de gaz à effet de serre mais un message simple : la cigarette électronique peut « sauver 19 millions de vies ». Le vapotage est « 95 % moins nocif que la cigarette », clame l’organisation. Les gouvernements, pourtant, multiplient les « mesures de répression », prescrivent taxes et interdictions des arômes des e-liquides. Voilà pourquoi la World Vapers’ Alliance se propose d’« amplifier la voix des vapoteurs passionnés du monde entier » pour la faire « entendre dans les allées du pouvoir ».

Les yeux doux sous une vague de cheveux gominés, Adidas aux pieds, Michael Landl, 34 ans, fait visiter le bivouac de ce mouvement qu’il dirige depuis août 2020. Une épaisse couche de gazon synthétique au sol. Une tente pour écrire à son député et soutenir la campagne d’une signature. Un studio pour enregistrer son témoignage de vapoteur guéri de la cigarette. Un coin à selfies. Et puis des petits cadeaux. « On voit plusieurs centaines de personnes par jour, ça marche très bien », se réjouit le jeune Autrichien, qui vapote arôme melon, pomme verte ou menthe.

Michael Landl assure que son mouvement regroupe « vingt-quatre organisations et quinze mille membres individuels environ ». Mais, sur son site, ce chiffre grimpe à « des dizaines de milliers de vapoteurs ». Qui la World Vapers’ Alliance représente-t-elle exactement ?

Dans le studio vidéo, un indice s’étale sur la table haute : « Red Flag ». Chargé de collecter les consentements écrits des vapoteurs témoins, ce cabinet de relations publiques mentionné sur les documents n’est pas un inconnu. Sa spécialité : monter de toutes pièces des mouvements en apparence issus du terrain. Cette tactique de lobbying et de propagande a un nom : l’« astroturfing » – un terme anglais qui désigne ce même gazon artificiel dont le campement londonien de la World Vapers’Alliance est tapissé.

Avant sa tournée sans public, la World Vapers’Alliance a organisé des manifestations sans manifestants aux airs d’auto-allégorie

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