July 28, 2021

Mauro Gianetti, l’homme de l’ombre de Tadej Pogacar

Il y a des chats maigres en fuite – des coureurs. Et quelques chats fantômes qui sont de grands gestionnaires. Comme le Suisse Mauro Gianetti, originaire du Tessin, 57 ans, 62 kilos – le même poids que lorsqu’il était coureur professionnel -, ancien vainqueur de Liège-Bastogne-Liège et de l’Amstel Gold Race. Un fabuleux doublé, en 1995, à une époque où l’EPO coulait à flot dans les carburateurs du peloton…

Pour certains cyclistes d’aujourd’hui, notamment français, il joue le rôle parfait de bouc émissaire. Car Mauro Gianetti préside la société, basée à Milan, en Italie, qui abrite l’équipe UAE-Emirates : celle du Slovène Tadej Pogacar, un jeune leader remis en cause par ses performances depuis son sacre en 2020 dans l’avant-dernière étape de la Grande Boucle – un sacre qui avait déjà été interdit. Et, en vérité, lui, Gianetti, est le seul vrai patron de l’équipe.

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La carrière du Tessin parlerait-elle pour lui ? Vice-champion du monde en 1996 chez lui à Lugano, il est engagé en 1997 par la Française des Jeux. En tant que coureur, il assume un nouveau rôle : celui de… modèle pour la jeune génération. Il apporte des innovations majeures – il remplacera notamment les sandwichs au fromage par des préparations vitaminées.

En mai 1998, il subit un terrible malaise sur le Tour de Romandie. Trois jours de coma suivis d’une semaine de soins intensifs. Les médecins soupçonnent l’absorption de perfluorocarbures (PFC), un type de substance utilisée dans les hôpitaux à titre expérimental, qui produit les mêmes effets que l’EPO. Il le niera, affirmant qu’un « Hypoglycémie couplée à une gastro-entérite ». A un adepte dubitatif quant à l’explication, il répondra : “Crois-tu en Dieu? Eh bien, j’ai vu Dieu ce jour-là. “

Le « Cobra » et le Tour de France 2008

Après avoir vu Dieu donc, le voici de 2004 à 2008 à la barre de l’équipe Saunier-Duval qui, lors du Giro 2007, pose question alors que ses coureurs survolent l’épreuve. Parrainée par un fabricant de chaudières – cela ne s’invente pas – l’équipe espagnole a été emmenée sur le Tour de France 2008 par Riccardo Ricco notamment, un fabuleux grimpeur italien connu sous le nom de « Cobra ». Mais voilà que le dit « Cobra » vient d’être mordu par l’Agence française antidopage, après un contrôle positif à l’EPO.

L’équipe aux maillots jaunes des poussins quitte le Tour, honteuse, sous les railleries. Interrogé à ce sujet, Mauro Gianetti, qui est le directeur sportif, joue la tragédie : ” Je suis sans voix ! J’avais quelques doutes en début de saison. Des bruits, tu sais ce que c’est, hein ? Je lui demande s’il est aussi propre qu’il le dit ; il me dit : Je jure sur la tête de ma mère que je ne prends rien !» Le « Cobra », récidivistes et suspendu à vie, sera reconverti en marchand de glaces.

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