June 22, 2021

Roberto Baggio, éternelle star d’Italie

C’est l’histoire d’un rêve d’enfant devenu le cauchemar de l’un des plus grands joueurs du football italien. Le film de Letizia Lamartire, Le Divin Codino. L’art du but par Roberto Baggio, diffusé sur la plateforme de vidéo à la demande Netflix, revient sur la carrière du célèbre numéro 10 transalpin, de ses débuts à Vincenza dans les années 1980 jusqu’à son improbable retour à Brescia au début des années 2000. Idéal pour préparer le retour de l’Italie dans une compétition internationale, cinq ans après sa participation à l’Euro 2016 en France (élimination en quarts de finale contre l’Allemagne, 1-1, 6-5 après tab).

Le film hagiographique s’ouvre sur un enfant imaginant un penalty gagnant lors d’une finale de Coupe du monde. Un rêve qui aurait pu se réaliser en 1994, lors de la Coupe du monde aux États-Unis. En finale, la Squadra Azzura, emmenée par Franco Baresi, entraînée par Arrigo Sacchi, affronte le Brésil de Romario et Bebeto. Un match ennuyeux, qui s’est terminé par un triste 0-0 en prolongation.

La séance de tirs s’ouvre alors. Baggio, star de l’équipe, a le sort de l’Italie au bout de ses chaussures. La suite est connue : le Ballon d’Or 1993 rate et envoie le ballon en l’air. Un traumatisme qui le hantera toujours.

Si ce final est le clou du film, Lamartire dresse le portrait d’un homme simple (joué par Andrea Arcangeli et dont la ressemblance avec Baggio est frappante), passionné et renfermé, qui ne cesse de douter : de lui, de son talent, de son forme physique (une rupture des ligaments croisés a failli avoir raison de sa carrière), l’amour de son père bourru et injuste, mais aussi de ses entraîneurs, à l’exception de Carlo Mazzone. L’entraîneur de Brescia organisera, en effet, sa stratégie autour de “Roby”, le faisant revenir sur le devant de la scène, alors que tous les observateurs le mettent à la retraite.

Baggio trouvera certaines de ses réponses et pourra se reconstruire, physiquement et mentalement, grâce au bouddhisme, auquel il s’est converti lorsqu’il était à la Fiorentina (de 1985 à 1990), encore en convalescence de sa première blessure, qui l’aura plusieurs mois loin de la terre.

Toujours très populaire

Tout au long des quatre-vingt-douze minutes du film, soit la durée d’un match de football avec des arrêts de jeu, Baggio semble être proche des gens, à mille lieues des joueurs actuels. Il est toujours très populaire en Italie, où personne ne lui reproche d’avoir joué pour des équipes rivales qui se détestent (Fiorentina, Juventus, AC Milan, Bologne, Inter Milan, Brescia).

En plus de redécouvrir une champion (un « champion », en italien), l’intérêt du film réside dans sa reconstitution précise d’une époque révolue. Celle d’une grandeur passée, où l’Italie dominait le football mondial, quand Arrigo Sacchi a révolutionné la stratégie, abandonnant le traditionnel caténaccio (le « lock ») défensif pour un jeu plus collectif, rapide et offensif.

A la fin du XXe siècle, le football était encore humain, pas totalement financiarisé, même si on en voit les débuts ici, avec les sommes déjà colossales de transferts du joueur au tapis rigolo (natte, en Italie).

En revanche, le film échoue par une certaine lenteur et une réalisation assez plate. De même, l’histoire joue trop sur les ellipses, sautant allègrement des passages essentiels de la carrière du joueur, comme sa sélection pour la Coupe du monde en 1998 ou son passage dans les plus grands clubs italiens. Avec comme résultat l’impression d’avoir un conte avec des trous.

Le divin Codino joue la corde nostalgique, avec beaucoup de musique de l’époque et avec une attention particulière aux détails, que ce soit la mode, les voitures et surtout les tenues. Diadora, l’équipementier de l’équipe italienne de 1994, ne s’y est pas trompé : à l’occasion de la sortie du film, la société italienne vient de rééditer sa ligne de la Coupe du monde américaine, utilisant Baggio comme sandwich. Cela va des chaussures aux survêtements, en passant par les maillots et même les chaussettes. Presque tout était en rupture de stock en une journée.

Le Divin Codino. L’art du but par Roberto Baggio, de Letizia Lamartire, Italie, 92 min, disponible sur Netflix.

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