June 25, 2021

le ballon rond au bon moment

« Pourquoi le foot ? Le mystère du football selon Platini et Jankélévitch », de Stéphane Floccari, Les Belles Lettres, 288 p., 16,90 €, numérique 12 €.

Le coup d’envoi de l’Euro 2021, vendredi 11 juin, annonce le retour cyclique du spectacle sportif le plus populaire au monde. Les amateurs préparent leurs soirées passionnées, les contempteurs, leurs stratégies d’évitement. Les deux peuvent se réunir autour d’un livre : Pourquoi le foot ?, par Stéphane Floccari. A propos de ce sport dont Pier Paolo Pasolini disait qu’il était le dernier rite moderne, le philosophe invite en effet à « Suspendre le jugement, oser le penser ». Floccari, qui chausse régulièrement ses crampons au sein de l’équipe de scénaristes de France, reconnaît la difficulté du projet. Car, écrit-il, « Au pays de Molière et Mbappé, le sport continue de souffrir d’une disqualification théorique qui a une longue durée de vie ».

“Peste émotionnelle”, le sociologue Jean-Marie Brohm est allé jusqu’à en parler. De nombreuses théories bienveillantes ont certainement été développées face au monde du football. Mais si la lumière jetée sur le phénomène, des sciences humaines à la balistique, a enrichi notre connaissance rationnelle de l’objet, elle n’en a pas encore épuisé le mystère. C’est le but vers lequel cet essai lance une « kick and rush » (technique anglaise consistant à envoyer le ballon loin en avant, foncer vers le but adverse) : comprendre le « Mystère du pied poussant la balle ».

Le football « comme une pratique porteuse de sens et créatrice de valeurs »

Mais qu’y a-t-il de si insondable ici que ce spécialiste de Nietzsche aille jusqu’à comparer aux mystères de l’amour, de la mort et du temps ? Le grand intérêt de ce livre joliment écrit, qui développe un plan de jeu surprenant dans lequel Platini n’est pas moins cité que Merleau-Ponty, est justement de nous passer ce mystère comme une boule de cuir, pour faire comme toucher le pied. Tout commence par, « D’un côté, le ballon, à la fois soumis aux lois de la nature et capricieux, et, de l’autre, le pied », tandis que « Les autres sports font de la main, organe de la technique et support de la pensée en action, le principe dominant et exclusif de l’habileté humaine ».

Après avoir parcouru l’histoire, la sociologie, l’anthropologie, la psychologie, et avoir activé la mémoire des gestes et des mots du terrain, la réflexion cherche à rendre compte du football « Comme une pratique accompagnée de sens et créatrice de valeurs pour ceux qui la pratiquent et la regardent ». Il s’agit donc de penser en situation, balle au pied ou dans ce “Jeu sans ballon” en quoi consiste l’activité du spectateur. Sur un tel « Surface de définition » apparaît alors le vrai numéro 10 de cette œuvre, le philosophe Vladimir Jankélévitch (1903-1985).

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