June 22, 2021

en pleine nuit, en catimini, Roger Federer se qualifie pour les huitièmes de finale

Ce qui surprend le plus quand on regarde Roger Federer, ce n’est pas son toucher de balle, son service ou son œil de lynx. Non, ce qui étonne le plus chez Roger Federer depuis qu’il a mis le pied sur la terre battue parisienne, c’est son déplacement. Toujours ces petits pas aériens, comme sur un tapis volant. A bientôt 40 ans.

Le samedi 5 juin, à près d’1 heure du matin, les Suisses se sont qualifiés pour les huitièmes de finale de Roland-Garros pour le 15e fois dans sa carrière, battant l’Allemand Dominik Koepfer (7-6, 6-7, 7-6, 7-5). “Merci de ne pas t’endormir”, Va-t-il sourire après 3 h 35 de jeu devant la poignée de journalistes et proches présents dans les tribunes du court Philippe-Chatrier.

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Roger Federer jouait dans le 1 519e match de sa carrière et, pour la première fois en 80 tournois du Grand Chelem, tête baissée, masque noir sur le nez, il n’a pas été applaudi à son entrée sur le court. L’ancien patron du circuit, vainqueur sur terre battue parisienne en 2009, en a été ému, selon des observateurs avertis : jouer en séance du soir à huis clos ne le ravissait pas. Il aime les ambiances nocturnes, mais celles qui sont électriques. Tout Roger Federer qu’il est, l’homme aux 20 titres du Grand Chelem a dû se plier à la règle que le directeur du tournoi, Guy Forget, avait rappelée ces derniers jours pour justifier des choix de programmation critiqués : le contrat signé pour trois ans avec Amazon Prime Video stipule que la diffusion de « l’affiche » du jour lui est réservée.

Un revers tranché aux abonnés absents

Après la bonne impression laissée dans ses deux premiers tours, face à Denis Istomin (204e) puis Marin Cilic (47e), cette fois le Bâlois a côtoyé un gaucher de 27 ans (59e), pas vraiment assaisonné en surface. Ce manque d’expérience n’est pas flagrant dans le premier set, où Dominik Koepfer tient tête à son frère aîné. Fidèle à son plan de jeu, l’Allemand tente d’attaquer le Suisse dès les premiers coups de raquette. Cinq fois Federer a l’occasion de s’emparer du service de son adversaire, cinq fois il triomphe au tapis, anormalement trahi par son revers attrapé. Les deux hommes doivent décider du tie-break. Profitant d’une double faute de Koepfer à 5-4, Federer prend l’avantage et remporte finalement le premier tour (7-6[5]) après une heure de jeu.

Le toujours 8e mondial a poursuivi sur sa lancée et a pris le service de son adversaire dès l’entame du deuxième set. Hélas, il perd son avantage presque immédiatement après. S’ensuit une partie de ping-pong entre les deux joueurs, qui cèdent chacun leur mise. Encore une fois, ils doivent passer par un match décisif. Abandonné par son service, généralement son arme principale, Federer est approximatif à la fois en revers et en coup droit. Il s’effondre (7 fautes directes) et laisse Dominik Koepfer revenir à un tour partout (7-6[3]).

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Dans la nuit parisienne qui se refroidit d’heure en heure, les Suisses ne peuvent compter sur les encouragements d’un public fantôme pour venir à leur secours – des bâches vert bouteille ont été déployées pour masquer les tribunes vides. Il doit trouver seul la ressource pour sortir du piège. De l’autre côté du filet, l’Allemand commence à se régaler, sortant de ses coups de chapeau traditionnellement applaudis par les génies suisses, comme ce revers de volée en extension, dos au filet, à 2-1. Mais la magie n’a pas duré pour Koepfer, et Federer, reprenant un peu de force, est revenu à 4-4. Il rate une première occasion de terminer le set, 6-5, avant de trouver sa première balle… dans le tie-break. A minuit sonnant et près de trois heures de jeu, Roger Federer sort deux sets à un (7-6[4]).

Cracher de l’autre côté du filet

Dans le 4e set, après deux matchs, il prend le service de Koepfer, qui, agaçant une décision qu’il juge litigieuse, crache sur la trace du ballon de l’autre côté du filet et encaisse un point de pénalité. Mais au lieu de confirmer son avance, Federer a à son tour commis une erreur lors du match suivant. Le visage marqué, mais gardant presque toute sa lucidité, il a fait le break à 5-5 avant de servir pour le match. L’Allemand rote sa rage, qui résonne dans les baies désertes. Il sait qu’il vient de rater sa chance. Roger Federer a finalement conclu les hostilités 7-5 après 3,35 heures de jeu.

“C’était un sacré match avec beaucoup de rebondissements de tous côtés, j’ai bien commencé, j’aurais dû mieux prendre la tête, mais il s’est bien battu, c’était la nuit, le court est plus lent, j’ai dû m’habituer à elle, a commenté le futur adversaire en huitième de Matteo Berrettini. [Koepfer] J’ai eu beaucoup de difficultés, trouver la solution me rend très heureux. “ La plupart, “Cette victoire en 3h30, ça me prouve que j’étais sur la bonne voie tous ces derniers mois”, a-t-il insisté, lui qui, ayant subi une double arthroscopie du genou droit en 2020, a été tenu à treize mois à l’écart du circuit.

Les Suisses ont même trouvé positif dans ce contexte inédit, imposé par la situation sanitaire : « Le seul avantage [de jouer à huis clos], c’est que je suis resté très calme à la fin, j’aurais sans doute été nerveux avec le public. ” Lundi 7 juin, à l’heure de disputer son huitième de finale, il trouvera probablement un millier de spectateurs prêts à donner de la voix pour prolonger les retrouvailles avec l’idole.

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