June 22, 2021

Du chaudron à la coquille vide, contraste à Roland Garros, en public mais sous couvre-feu

« Ouh », « Jamais », « Viens nous chercher ! “ Sur le court des serres d’Auteuil, en hommage – somme toute – à Simonne-Mathieu, deux fois victorieuse à Roland-Garros et engagée dans les Forces françaises libres pendant la Seconde Guerre mondiale, le public résiste. Et quand les haut-parleurs rappellent, peu après 20h, que l’enceinte de Roland-Garros devra être évacuée au plus tard à 20h45, les quelque 200 spectateurs solidement installés dans les tribunes jouent la bravache. “Allez Coco, avant de partir”, a lancé l’un d’eux pour encourager le Français Corentin Moutet face au Serbe Laslo Djere, pour son premier tour, dimanche 30 mai.

Hélas, dans une ambiance surréaliste, en moins de cinq minutes, les deux joueurs, incrédules, sont passés d’un quasi-chaudron enflammé avec des drapeaux au vent à une coquille vide. Et c’est à huis clos que Djere s’est hissé au deuxième tour 6-3, 6-7, 7-6, 7-5), laissant son adversaire, frustré, envoyer sa raquette au-delà des tribunes vides.

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Le public est revenu à Porte d’Auteuil pour l’ouverture du Grand Chelem français. Jusqu’au 8 juin, un maximum de 5 388 spectateurs quotidiens peuvent être accueillis, contre 38 000 en temps normal. Malgré cette jauge réduite, les amateurs de tennis ne reculent pas devant leur plaisir. « Ça fait du bien de revenir au stade, souffle Judith, installée dans les tribunes du tribunal Simonne-Mathieu avec son compagnon. C’est peut-être notre seule sortie de l’été, car nous sommes en mauvaise posture pour aller voir des concerts de sitôt. “

Si le confinement est terminé, et que le début du tournoi dans le tournoi de Paris coïncide – encore – avec le début de l’été, il est difficile de faire l’impasse sur la situation sanitaire. « J’ai reçu deux e-mails insistant sur les consignes, avant de venir », souligne le spectateur parisien, masque sur le nez, mais yeux rieurs.

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Comme à l’automne 2020, le tournoi doit composer avec un protocole sanitaire strict et la mise en place de jauges évolutives selon les étapes du déconfinement. Le stade était divisé en six établissements recevant du public (ERP) : les courts Philippe-Chatrier, Suzanne-Lenglen, Simonne-Mathieu, ainsi que les courts annexes, répartis en trois zones. Les spectateurs peuvent se déplacer d’un champ annexe à un autre, à condition que la jauge ne dépasse pas 35% de la capacité maximale de l’ERP.

En pratique, ce dimanche d’ouverture a parfois donné lieu à un joyeux bordel pour faire respecter les distances sur les annexes – dans les plus petites tribunes. Le court nº 7, qui a normalement une capacité de 1.351 spectateurs, a accueilli… pratiquement autant en milieu d’après-midi pour admirer les gestes esthétiques du Bulgare Grigor Dimitrov (17e) contre l’Américain Marcos Giron (82e). Juste à côté, le court n°9 peinait à attirer plus d’une dizaine de spectateurs pour assister à l’affrontement entre la Russe Elena Vesnina et la Biélorusse Olga Govortsova.

Patience récompensée

“Nous sommes censés avoir tous les autres sièges occupés, sauf que les spectateurs qui étaient sur le nº 9 [à voir Khachanov-Vesely] est revenu en fin de match le 7 pour voir Dimitrov, justifie le coordinateur des équipes d’accueil, qui préfère garder l’anonymat. On laisse sortir, mais on n’entre plus », tandis que quelques centaines de personnes font la queue à l’extérieur.

Parmi eux, Mohamed, Béchir et Jday, trois amis, entre 28 et 35 ans, venus de Versailles. « On attend depuis une heure, on veut tenter notre chance… », ils soupirent avant que leur patience ne soit, enfin, récompensée. Ils assisteront à un scénario incroyable, le Bulgare étant finalement contraint à l’abandon alors qu’il était mené 3-0 en 4e set, après avoir eu trois balles de match à 6-2, 6-4, 5-1.

Plus les haut-parleurs sont gros, plus il est facile pour l’organisation de respecter la jauge. « Nous n’avons pas à nous compter, explique-t-on à l’entrée de Simonne-Mathieu, où la jauge autorise 1000 spectateurs. Les caméras du stade estiment le nombre de spectateurs et, si la jauge est atteinte, on nous prévient de ne plus laisser entrer de monde. »

Dans les allées, avec sept fois moins de spectateurs qu’à l’accoutumée, les flux sont loin des embouteillages passés dignes d’un crossover entre juillet et augustians. Ce n’est pas pour déplaire à Enzo Jacquet, venu avec son père, sa grand-mère et son petit frère de 9 ans, qui pose devant la toute nouvelle sculpture en acier de trois mètres de haut en hommage à Rafael Nadal, signée par l’artiste espagnol Jordi. Diez Fernandez. ” C’est fou ! On profite beaucoup plus, on peut se promener plus facilement dans le stade, on est cool, on voit les joueurs de près… même si l’ambiance est plus calme », s’emporte l’adolescente de 16 ans, licenciée au Tennis club de Neuilly et habituée aux lieux.

La famille avait vu tous leurs sièges annulés lors de l’édition automne 2020, dont la jauge avait été réduite au dernier moment à 1 000 spectateurs par jour. Comme beaucoup d’autres spectateurs rencontrés dimanche, ils ont pu bénéficier d’un accès prioritaire à la billetterie.

Un peu plus loin, vers l’allée centrale, Nelson Monfort pose devant le grand mur ocre où apparaît le hashtag #RolandGarros, qui voit défiler les spectateurs en quête d’histoires sur Instagram. L’animateur de France Télévisions repart satisfait des clichés, avant que deux adolescents ne viennent lui demander un selfie. Il s’y prête de bonne grâce, mais les sermonne doucement : « Par contre, tu enlèves tes masques ! ” L’inverse du protocole sanitaire.

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