June 23, 2021

“A l’ère du numérique, le tennis est un dinosaure”

Au cours de la dernière année, le tennis a pris un coup dur, mais il a rarement été aussi occupé. Déjà fondateur d’une académie à son nom, à Sophia Antipolis, dans les Alpes-Maritimes, Patrick Mouratoglou a lancé en 2020 un centre de tennis à Dubaï puis un autre en Grèce, le pays de son père. L’entraîneur de l’Américaine Serena Williams a également profité du vide sur le circuit généré par la pandémie de Covid-19 pour installer l’Ultimate Tennis Showdown (UTS), un format de compétition qui entend casser les codes du tennis traditionnel : des matchs en compétition pas en sets mais en quatre quarts, coaching autorisé, service unique, etc. Il livre aujourd’hui son regard sur le tennis, alors que débute le tournoi de Roland-Garros.

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Comment va le tennis quand la pandémie n’est pas terminée ?

La pandémie a endommagé l’économie du tennis, en particulier celle des tournois, car beaucoup n’ont pas pu suivre. Cela dit, c’est surprenant car il y en a plein qui se mettent aussi en place sans que je comprenne comment : les droits TV sont les plus bas de l’histoire, le sponsoring n’est pas la priorité des entreprises, ça ne l’est pas. il y a peu ou pas de billetterie. Et pour les joueurs, c’est dur : au-delà du top 100, c’est la quatrième dimension, mais même pour beaucoup de joueurs du top 100, c’est compliqué. J’en connais qui ont gagné un ATP 250 mais ont perdu de l’argent dans le tournoi… La question est : dans quel état le circuit va-t-il récupérer ?

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Avant même la crise du Covid-19, le tennis était déjà en déclin…

Le tennis va très très mal sauf que le grand public ne le voit pas car, apparemment, il se porte très bien. Nous avons les trois plus grands champions de l’histoire qui jouent en même temps, il y en a bien d’autres prix en argent qu’avant… Mais les résultats des études commandées par les chaînes de télévision sont systématiquement les mêmes : l’âge moyen d’un amateur de tennis est de 61 ans ; il y a dix ans, il avait 51 ans. A ce rythme, dans trente ans, il n’y aura plus de fans puisque le tennis ne renouvelle pas sa base et ne plaît pas du tout aux jeunes. Pourtant, depuis dix ans, la manière de consommer est bouleversée par l’arrivée des réseaux sociaux, des plateformes de streaming, etc.

A quoi est dû ce non-questionnement ?

Il y a deux raisons. La première est que le tennis est extrêmement conservateur et ancré dans la tradition, ce qui est à la fois une force et une faiblesse. Il y a beaucoup d’histoire, les Grands Chelems en sont l’expression parfaite, mais au moindre changement, les très puissants conservateurs crient au scandale. La deuxième raison est que c’est trop politique, il y a trop d’instances dirigeantes.

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