August 5, 2021

“On assiste à l’émergence d’une ‘épidémie’ de faux tics sur les réseaux sociaux”

Le docteur Andreas Hartmann, neurologue, est le coordinateur du centre de référence Syndrome Gilles de la Tourette à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris).

De nombreuses vidéos circulent sur YouTube et les réseaux sociaux, montrant des personnes dont les tics se manifestent par des insultes ou des gestes obscènes. Quelle est la représentativité de ces formes spectaculaires du syndrome de Gilles de la Tourette (SGT) ?

Ces manifestations de coprolalies ou copropraxies (respectivement paroles ou gestes obscènes) interpellent, voire fascinent, mais ne sont présentes que chez une minorité de nos patients. Pour eux, le problème numéro un est les taquineries, voire le harcèlement, même lorsque les tics sont « simples ». C’est la réaction des autres qui est leur principal handicap. Un message essentiel est donc de ne pas se moquer des personnes ayant des tics.

Depuis quelques mois, on assiste à l’émergence d’un phénomène assez inquiétant sur les réseaux sociaux : une « épidémie » de tics fonctionnels, c’est-à-dire de faux tics. Je distingue deux catégories. Il existe des simulateurs, qui se mettent en scène dans des vidéos pour faire rire les gens. Pour quelques-uns, c’est même une activité lucrative, car leurs chaînes sont très populaires. De plus, on assiste à une prolifération de témoignages d’adolescentes sur des réseaux comme TikTok. Ces jeunes filles, dont certaines que je vois en consultation, sont persuadées d’avoir des tics. Cependant, leurs symptômes ont quelques particularités : ils ont commencé récemment, à l’adolescence, ce qui est plus tard que d’habitude. Leurs tics sont souvent très nombreux au départ, presque toujours avec coprolalies et copropraxies. Enfin, il s’agit majoritairement de filles, alors que le SGT touche généralement quatre fois les garçons. Au début, je pensais que ça pouvait être des tics atypiques, j’ai même commencé des traitements, mais ce sont en fait des tics psychogènes. Ces jeunes filles ne font pas semblant, ces pseudo-tics sont des comportements inconscients, comme on peut le voir avec des mouvements anormaux ou l’épilepsie. Ce sont des troubles psychologiques probablement liés à la pandémie, à l’anxiété et à l’inconfort qu’elle provoque.

Le ST est souvent associé à d’autres troubles psychiatriques… Comment l’expliquer ?

Des comorbidités psychiatriques plus ou moins sévères sont en effet présentes dans 85 à 90 % des cas. Le ST est la maladie neuropsychiatrique par excellence, à la frontière entre deux disciplines. Comme les troubles autistiques, le TDAH [trouble ou déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité] ou des troubles d’apprentissage, ce syndrome appartient aux troubles neurodéveloppementaux, et il peut y avoir une base génétique commune. Les tics peuvent également être complètement en arrière-plan derrière d’autres attaques.

Il vous reste 24,08% de cet article à lire. Le reste est réservé aux abonnés.

find out this here