June 22, 2021

la résurrection des couches de Mari, ville mythique de Mésopotamie

Mythique et maudit. C’est la double épithète de la cité antique de Mari, située sur l’Euphrate dans l’actuelle Syrie, non loin de la frontière irakienne. S’il faut résumer son histoire en quelques lignes, on dira que Mari fut fondée vers 2900 av. J.-C. et qu’il connaît une première période prospère entre – 2500 et – 2300, qui se termine par sa destruction par l’empire d’Akkad. Celui-ci nomme les gouverneurs, les shakkanakkus, qui reconstruisirent rapidement la ville et… acquièrent leur indépendance. « C’était un royaume très puissant, qui dominait le Moyen-Euphrate, souligne Sophie Cluzan, conservateur général du patrimoine au département des antiquités orientales du musée du Louvre. Mari contrôlait la route matérielle ” qui reliait le golfe Persique au monde méditerranéen. Ceci jusqu’en 1759 av. J.-C., lorsque les armées d’Hammourabi de Babylone détruisent la ville.

Mari connaît une troisième vie, archéologique celle-là, après sa découverte par hasard en 1933 lorsque des paysans, voulant enterrer l’un des leurs, tombent sur une statue antique. La Syrie étant à l’époque administrée par la France, c’est l’archéologue français André Parrot (1901-1980) qui y est envoyé. Dès l’année suivante, les restes sont identifiés comme étant ceux de Mari. « En 1935-36, André Parrot découvre le palais royal – qui est le seul depuis le début du IIe millénaire que nous connaissons dans son intégralité – et fouiller la chapelle 132 », dit Sophie Cluzan.

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Situé dans une cour d’apparat, ce bâtiment revêt une importance particulière dans l’aménagement du palais, car les visiteurs reçus dans la salle du trône doivent passer devant. Pas étonnant : la chapelle 132 était dédiée à Ishtar, déesse de l’amour et de la guerre, mais aussi protectrice de la royauté. En le fouillant, on retrouve au sol des morceaux de fresques tombées du mur lors de l’incendie qui a ravagé la ville trente-sept siècles plus tôt. Des relevés précis de ces peintures, avec indication des couleurs, sont effectués. Dans les années 1950, à partir de ces dessins, André Parrot commande deux grands calques pour reconstituer les décors de la chapelle, pour illustrer sa monographie sur Mari.

Réapparition fortuite

Pourquoi en reparler aujourd’hui ? Parce que tout était parti. A commencer par les fragments des tableaux, déjà en mauvais état dans les années 30, transportés au musée d’Alep dans des conditions inconnues puis entreposés dans le sous-sol fréquemment inondé du musée… Quant aux estampes d’André Parrot, personne ne savait où elles pouvaient se trouver ou même s’ils existaient encore. Jusqu’à ce jour en 2019 où ils réapparaissent fortuitement au Louvre, dont Parrot fut le premier directeur, (mal) rangés parmi les documents sur l’Iran. Anecdotique ? Pas vraiment car, comme l’explique Sophie Cluzan, les tableaux originaux sont probablement revenus à rien, pour les spécialistes « Ces calques ont désormais valeur d’originaux ».

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