June 22, 2021

Le geai des chênes pas dupe des tours de passe-passe des prestidigitateurs

Le Geai eurasien est un maître dans l’art de la dissimulation. Pour se préparer aux longs mois d’hiver, le corvidé accumule dans des dizaines, voire des centaines de caches un butin de graines et de baies, qu’il retrouve plusieurs mois plus tard. Mieux encore : se sachant constamment observé, il a développé diverses techniques pour tromper ses concurrents. Ici, il place ostensiblement de la nourriture qu’il déplace ensuite discrètement ailleurs; là, il laisse un élément en évidence pour mieux camoufler les autres ; ou bien il profite d’une poche secrète, dans les replis de son cou, pour déposer discrètement ses provisions, quand il ne fabrique pas de vrais doubles culs.

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De telles pratiques peuvent facilement évoquer l’art du magicien. Notamment au département de psychologie de l’Université de Cambridge, qui accueille en résidence, depuis dix ans, Clive Wilkins, membre éminent du London Magic Circle, temple britannique des disciples de Jean-Eugène Robert-Houdin. Habituellement, les réflexions de l’illusionniste alimentent la recherche sur les points opaques de la perception humaine. Mais l’équipe de Nicola Clayton a mis son regard au service de l’étude de la cognition animale. Dans un article publié le lundi 31 mai dans PNAS, il montre pour la première fois qu’un animal peut être victime de certaines illusions humaines, mais que d’autres le quittent sans peur.

Accablé par des mouvements rapides

Pour ce faire, les chercheurs ont d’abord entraîné six geais – trois mâles et trois femelles – à signaler dans quelle main se trouvait un aliment. Ensuite, à le suivre pendant que Clive Wilkins passait lentement les baies de main en main. « La partie la plus difficile du travail », dit Elias Garcia-Pelegrin, le premier auteur de l’article, doctorant à Cambridge et magicien amateur. Enfin, ils les ont soumis à trois expériences de manipulation classiques. Dans deux d’entre eux, l’illusionniste fait semblant de passer la récompense d’une main à l’autre. Dans la technique du « coup de pied », l’objet reste collé à la peau, caché par la paume de la première main. Dans celui du « garrot » – que les Britanniques appelaient « French release » – la nourriture, tenue entre le pouce et l’index, retombe dans la paume de la même main, la seconde servant de leurre. Le résultat est le même : l’objet ne change pas de mains. Dans la troisième expérience, au contraire, le passage a lieu, mais si rapidement que l’observateur n’a pas le temps de le voir.

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