June 22, 2021

pousser ou convaincre sans contraindre, comment le gouvernement s’est converti à cette discipline

Depuis le début de la pandémie de Covid-19, vous avez certainement suivi les lignes blanches au sol indiquant les distances à respecter dans les files d’attente ou sur les quais du métro. Vous avez reçu le SMS du gouvernement appelant à télécharger l’application TousAntiCovid, précisant que « 10 millions de Français l’utilisent déjà ». Vous avez lu le slogan sur des affiches ou entendu à la télévision “Quand on aime ses proches, on ne s’en approche pas trop”.

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Vous ne le savez peut-être pas, mais ces trois exemples ont un point commun : ils sont en partie inspirés des sciences du comportement, et en particulier du « nudge ». Le coup de pouce ? « Nudge en anglais : un outil qui aide les gens à prendre des décisions qui sont dans leur meilleur intérêt, sans les contraindre », résume Eric Singler, PDG de BVA, en charge de la BVA Nudge Unit.

Au tout début de la pandémie, le service d’information du gouvernement (SIG), rattaché à Matignon, a fait appel à cette société de conseil pour l’accompagner dans sa communication de crise. C’est donc elle qui a forgé l’expression ” Première ligne ” pour désigner les soignants. « Il fallait résoudre une contradiction : convaincre les Français de se confiner tout en veillant à ce que ceux qui occupent des fonctions essentielles continuent d’aller travailler », explique Eric Singler. Pendant trois mois, BVA a fourni des notes “Pro bono” au SIG. A compter de septembre 2020, ils sont facturés, dans le cadre d’un contrat. « Le contrôle de la pandémie dépend beaucoup de notre comportement, du respect de la distanciation et de la vaccination : c’est pourquoi le nudge peut être utile », explique M. Singler.

Cette méthode d’influence douce a été théorisée aux États-Unis par l’économiste Richard Thaler (prix Nobel 2017) et l’avocat Cass Sunstein, en 2008

Au carrefour des recherches en psychologie cognitive, neurosciences et économie comportementale, cette méthode d’influence douce a été théorisée aux États-Unis par l’économiste Richard Thaler (prix Nobel 2017) et l’avocat Cass Sunstein, en 2008. « Leurs travaux nous rappellent que les êtres humains ne prennent pas toujours des décisions rationnelles, notamment à cause de biais cognitifs », résume Alexandre Delaigue, économiste à l’université de Lille. Les préjugés les plus courants sont la préférence pour le statu quo (personne n’aime changer quand cela demande des efforts), le besoin d’adhérer aux normes sociales ou l’aversion à la perte.

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