June 22, 2021

Les signaux lumineux contre la surdité, une utilisation inattendue et prometteuse de l’optogénétique

Traiter la cécité avec l’optogénétique, oui. Mais la surdité ? Il s’agit d’une application plus inattendue de cette technique d’avant-garde. Car autant il semble logique d’utiliser des protéines photosensibles pour améliorer la vision, autant cette approche semble moins intuitive pour restaurer l’audition. Comment, en effet, convertir les sons en lumière, puis en signaux nerveux ?

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Un virus injecté dans l’œil rend partiellement la vue à un patient aveugle, une première mondiale

Ce défi a été relevé par un chirurgien ORL allemand, le professeur Tobias Moser de l’Institut Max Planck, qui a fondé en 2015 un Institut de neurosciences auditives à Göttingen, en Allemagne. Depuis près de trente ans, ce médecin-chercheur explore la manière dont le son est encodé dans le cerveau. Par quels processus (cellulaires et moléculaires) les vibrations sonores captées par l’oreille sont-elles transformées en impulsions électriques, puis transmises au cerveau par le nerf auditif ? Cette conversion a lieu dans un petit organe de l’oreille interne, la cochlée. Elle implique des interactions étroites entre les cellules sensorielles qui reçoivent les vibrations sonores (cellules ciliées) et les neurones du nerf auditif.

« Cette innovation de rupture suggère un saut qualitatif considérable dans la restitution des sons audibles, notamment musicaux », estime la Fondation pour l’audition

Forte de ces connaissances, l’équipe de Tobias Moser développe, depuis 2007, une nouvelle génération d’implants cochléaires. Il faut dire que les implants auditifs électroniques conventionnels ont des limites techniques. Dans ces appareils, « La stimulation électrique du nerf auditif par des électrodes implantées dans la cochlée est imprécise », indique la Fondation pour l’audition à Paris. « Il ne permet pas de restituer la gamme de fréquences normalement perçues par l’oreille. Ainsi, suivre une conversation dans une ambiance bruyante ou écouter de la musique est toujours impossible. “

Article réservé à nos abonnés Lire aussi La surdité : la clé du succès des implants

Pour améliorer les performances de ces dispositifs médicaux, Tobias Moser s’appuie donc sur l’optogénétique. « L’idée est de remplacer la stimulation électrique du nerf auditif par une stimulation lumineuse focalisée sur un groupe plus restreint de neurones. il explique. De cette façon, nous espérons offrir aux personnes sourdes une bien meilleure résolution de fréquence. “ Concrètement, cela se traduirait par la capacité de percevoir la parole dans un environnement bruyant ou de suivre une mélodie par exemple. « Cette innovation de rupture suggère un saut qualitatif considérable dans la restitution des sons audibles, notamment musicaux », estime la Fondation pour l’audition, qui a remis en 2020 son prix scientifique à Tobias Moser.

Vous avez 38,05 % de cet article à lire. Le reste est réservé aux abonnés.

a fantastic read