June 23, 2021

“Euros for Docs”, une épopée informatique pour rendre visible les liens entre l’industrie pharmaceutique et le monde médical

Plus de 7 milliards d’euros. C’est la somme astronomique versée par l’industrie pharmaceutique aux professionnels de santé de onze pays européens en trois ans (de 2017 à 2019). Honoraires d’une activité de consultant, intervention dans un congrès, déplacements et frais de participation, siège dans un conseil scientifique… : le détail de ces largesses que les laboratoires comptent comme « Transferts de valeur » est désormais rassemblé sur Eurosfordocs.eu (« euros pour les médecins »), un site Internet ouvert à tous.

Lancé mardi 1est juin, cette base de données donne accès à des informations extraites de quatre registres publics ou d’initiatives de transparence de l’industrie dans sept pays. Les requêtes peuvent rechercher dans la base de données par nom de professionnel, d’organisation ou d’entreprise, mais aussi par catégorie de paiement, pays et année. Son nom est un clin d’œil à la base de données américaine « Dollars for Docs », pionnière du genre, proposée depuis 2012 par le site d’enquête ProPublica.

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Deux cracks informatiques sont à l’origine de ce projet volontaire. Aidés par des étudiants, Pierre-Alain Jachiet et Luc Martinon ont passé de longues semaines à localiser, extraire, nettoyer et harmoniser ces données avant de pouvoir les ajouter à cette base de données unique. « Tout montre que l’influence de l’industrie pharmaceutique sur les médecins, les institutions politiques et les processus réglementaires est pernicieuse, expliquent les informaticiens. La pression des médias et des citoyens est la seule solution pour changer les mentalités. ”

La Fédération européenne des associations et industries pharmaceutiques (Efpia), l’organisation de lobbying du secteur, affirme que « La collaboration de l’industrie avec les professionnels de la santé profite aux patients ». Or, deux décennies d’études universitaires et d’enquêtes journalistiques ont largement montré le contraire : les liens d’argent et de réciprocité entre les laboratoires et le monde de la santé sécrètent des conflits d’intérêts préjudiciables à la fois à la recherche, à l’évaluation des produits de santé, au conseil à la décision publique -makers, mais aussi et surtout pour la qualité des soins prodigués aux patients.

Guerre technique

Épicentre de la transparence sur cette information cruciale longtemps restée secrète, la loi américaine dite « Sunshine Act », en 2010, obligeait les laboratoires à déclarer aux États-Unis leurs paiements aux médecins dans une base de données publique. En Europe, seuls le Portugal et la France sont dotés d’une législation comparable.

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