July 25, 2021

La Suisse, pourtant championne des émissions de dioxyde de carbone

On ne sait pas encore qui succédera au Portugal, dimanche 11 juillet, à l’issue de la finale entre l’Angleterre et l’Italie, à Londres. En revanche, on connaît déjà les champions du pire bilan carbone de cet Euro 2021 au format XXL. Il ne s’agit pas d’une des équipes finalistes mais de la Suisse.

Bien qu’éliminés en quarts de finale, les joueurs de Nati survolent ce classement peu recommandable avec un peu plus de 350 tonnes d’émissions de dioxyde de carbone (CO2). Soit, rapporté à un passager, l’équivalent de près de 200 allers-retours Paris-New York en A320. Pour arriver à cette estimation, Le monde s’est appuyé sur l’expertise de Carbone 4, cabinet de conseil spécialisé dans la gestion et l’évaluation de l’empreinte carbone.

La firme s’est appuyée sur les distances parcourues par les sélections. Initialement prévu dans douze pays, l’Euro 2021, imaginé par l’ancien patron du football européen Michel Platini, s’est déroulé dans onze pays après le retrait de Dublin. Une édition qui a étiré les vols alors que les précédents se déroulaient dans un seul pays ou deux au maximum (Suisse et Autriche en 2008). Les vingt-quatre équipes participantes auront parcouru un peu plus de 148 000 kilomètres au total. Soit un peu plus de 3 700 tonnes de CO2. L’équivalent de 2 105 allers-retours Paris-New-York.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Euro 2021 : « La magie des phases finales a opéré, malgré la pandémie et les multiples contraintes »

Selon nos calculs, l’Euro 2016 en France, le premier rassemblant vingt-quatre équipes (contre seize jusqu’en 2012), avait généré près de 50 % de déplacements en moins avec une distance totale parcourue de 101 109 km. En 2016, c’est la Russie qui a remporté le titre de championne du bilan carbone, notamment en raison de son éloignement du pays hôte, avec 7 351 km. En 2021, la Suisse aura parcouru le double de la distance (et consommé le double du kérosène) : 14 784 km.

Les Français parmi les moins polluants

Le tirage au sort de l’Euro a emmené les joueurs suisses d’un bout à l’autre du continent. Ils ont joué leur premier match à Bakou (Azerbaïdjan) le 12 juin contre les Gallois. Leur deuxième à Rome, quatre jours plus tard, contre les Italiens. Leur troisième à nouveau à Bakou le 20 juin contre les Turcs. Les huitièmes de finale les ont emmenés à Bucarest (Roumanie) et aux tirs au but contre les champions du monde français. Leur traversée de l’Europe élargie s’est arrêtée en Russie, à Saint-Pétersbourg, en quarts de finale contre l’Espagne.

Vice-champion d’Europe de ce classement sans récompense : la Belgique, renvoyée à Bruxelles après son quart de finale perdu contre l’Italie, avec tout de même 10 244 km au compteur. La Suède, éliminée en huitièmes de finale, complète le podium avec 10 006 km.

Les finalistes figurent dans la deuxième partie du tableau : 14e place pour l’Italie (4 714 km) et 19e pour l’Angleterre (2 874 km). S’ils ont joué plus de matches, ils ont aussi souvent joué à domicile : trois matches à Rome pour la Squadra Azzurra, toutes leurs rencontres à Londres sauf leur quart de finale à… Rome, pour les Trois Lions.

La Hongrie, également hôte de cet Euro à Budapest, est la sélection avec la plus faible empreinte carbone (1 124 km), attribuable à son déplacement à Munich pour son troisième et dernier match contre l’Allemagne.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Euro 2021 : et l’Angleterre s’est enfin permise de rêver

Les Français concluent également cette compétition parmi les équipes les moins polluantes. Ils terminent au 16e lieu avec 100 tonnes de CO2 (3 759 km). Cette relative sobriété tient à la fois à la brièveté de leur parcours et aux distances induites par les villes hôtes de leur groupe d’origine – Munich (premier match contre l’Allemagne) et Budapest (contre la Hongrie et le Portugal).

Présence limitée des supporters

Comme les Bleus ou la Suisse, les sélections ont bien évidemment eu recours à l’avion pour couvrir les distances entre les sites. L’organisateur de l’événement, l’Union européenne des associations de football (UEFA), informe toutefois le Monde deux cas singuliers. Les Italiens ont utilisé le train, moins émetteur de gaz à effet de serre, pour se rendre de leur centre d’entraînement, autour de Florence, à Rome, ville de leurs trois matches du premier tour. Idem pour les Finlandais lorsqu’ils quittent leur capitale pour s’installer dans leur camp de base d’été à Repino, en Russie.

L’empreinte carbone de l’euro ne se réduit pas aux seuls déplacements des équipes et de leurs délégations

Pour être tout à fait juste, l’empreinte carbone de l’Euro ne peut se réduire aux seuls déplacements des équipes et de leur délégation, qui comprend, dans le cas de la France, vingt-six joueurs, leur entraîneur, Didier. Deschamps, et les vingt membres du personnel. Il comprendrait aussi les allées et venues des journalistes et surtout des spectateurs.

Selon son recensement, l’UEFA a également délivré 240 accréditations à des médias français détenant les droits de retransmission de la compétition à la télévision ou à la radio, ainsi qu’à 102 autres membres d’autres rédactions françaises.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Euro 2021 : 60 000 spectateurs à Wembley, malgré la pandémie

L’instance européenne refuse, en revanche, d’en dire plus sur le nombre de supporters venus de France. Leur présence était limitée en raison du Covid-19 et des jauges autorisées dans les stades, à l’exception notable du stade Puskas de Budapest. Selon les chiffres de la Fédération française de football, ils étaient 4 500 à Munich pour le premier match contre l’Allemagne, 5 700 à Budapest pour celui contre la Hongrie et 7 500 dans la même ville, contre le Portugal. Et ils étaient près de 1700 à Bucarest contre la Suisse.

Une lourde facture environnementale

Sans surprise, l’UEFA défend son Euro. Elle rappelle que des supporters allemands, italiens, anglais et espagnols ont chacun accueilli des matches de la compétition ; de courts trajets plutôt que de longs trajets. Elle ajoute que la plupart des intervenants n’ont pas supposé de grands travaux, à l’exception, encore, du stade Puskas. Surtout, la facture environnementale aurait été bien plus lourde si la pandémie n’avait pas limité les déplacements des supporters à travers l’Europe.

« Au vu des nombreux déplacements que les équipes ont dû effectuer pendant la compétition, l’UEFA n’a pas suffisamment pris en compte la question du bilan carbone lors de la conception de cet Euro, commente Sylvain Borie, de Carbone 4. Elle en profitera à l’avenir. ” Aussi, le choix de l’emplacement des stades et donc la « Conception de compétition » est fondamental pour limiter le coût écologique.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Être plus éco-responsable sans perdre son folklore, un des enjeux du Tour de France

Une charge environnementale qui dépend avant tout des déplacements des supporters et des modes de transports privilégiés. Selon les calculs Carbone 4, en cas de voyage exclusivement en avion, les émissions de CO2 imputable au seul déplacement des supporters français vers Budapest (3 515 tonnes de CO2) pour le match contre le Portugal atteindront presque celles produites par les vingt-quatre sélections tout au long de la compétition.

Notre sélection d’articles sur l’Euro 2021