August 5, 2021

En Tunisie, la crise sur tous les fronts

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Des jeunes manifestent contre les violences policières à Sidi Hassine, dans la banlieue ouest de Tunis, le 12 juin 2021.

Ces derniers jours, alors que la chaleur estivale a attiré les premiers baigneurs sur les plages tunisiennes, des photos et vidéos de la situation sanitaire à Kairouan, dans le centre du pays, ont provoqué une onde de choc. Partagées sur les réseaux sociaux, elles montrent des médecins épuisés face à l’afflux de patients atteints de Covid-19, des patients dépêchés à l’hôpital sur des charrettes, des services municipaux débordés par les funérailles et des manifestants réclamant à grand cri la démission du gouverneur.

Avec un taux de positivité de 50 % et une campagne de vaccination encore balbutiante, la région subit de plein fouet la troisième vague de Covid-19, comme trois autres gouvernorats situés dans le nord. Le gouvernement y a décrété un nouveau confinement général pour une semaine, à partir du lundi 21 juin.

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La situation à Kairouan met en évidence les défaillances dans la gestion de la crise sanitaire de plus en plus critiquée, dans un contexte politique et social explosif. “Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Lorsque [le chef de gouvernement] Hichem Mechichi a pris ses fonctions [en septembre 2020], le pays comptait quelques centaines de morts du Covid-19. Aujourd’hui, nous sommes à près de 14 000 morts. Il faut se demander pourquoi on n’a pas réussi pendant cinq mois à stopper cette troisième vague », interroge le politologue Mahdi Elleuch.

Certains accusent la lenteur de la campagne de vaccination, qui a débuté à la mi-mars mais soumise aux aléas de l’approvisionnement, avec des retards importants dans la livraison des doses.

« Un gouvernement aux abois »

La résurgence dramatique de la pandémie n’est qu’un aspect de la crise multiforme que traverse aujourd’hui le gouvernement tunisien. Hichem Mechichi avait également été critiqué en janvier pour sa gestion des manifestations de jeunes des quartiers populaires du pays contre le chômage et la hausse des prix, qui avaient conduit à près de 2.000 arrestations.

Pourtant, ces derniers jours, le chef du gouvernement, également ministre de l’Intérieur par intérim, a dû faire face à la colère des habitants de Sidi Hassine, dans la banlieue ouest de Tunis. La mort d’un jeune dans des circonstances peu claires lors de son interpellation par la police et la vidéo d’un autre jeune, tabassé et nu par des policiers dans le même quartier, ont soulevé une vague d’indignation au sein de la société civile.

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Pour le sociologue Aziz Krichen, ces incidents répétés entre policiers et citoyens témoignent d’une « Un gouvernement aux abois, acculé par des problèmes financiers pour boucler le budget 2021 et qui doit se plier aux souhaits des donateurs. Il prépare des réformes impopulaires et tente donc d’écraser toutes les formes de résistance ».

Les autorités négocient avec le Fonds monétaire international (FMI) pour obtenir un prêt de 3,3 milliards d’euros. Tunis doit aussi commencer à rembourser les échéances des autres emprunts dès cet été, alors que le pays ne voit toujours pas la fin de la crise économique.

Trouver une sortie de crise

Dans le même temps, les relations avec le pouvoir législatif – en particulier l’opposition – continuent de se tendre. Mi-juin, la présidence du gouvernement a déposé une plainte pour violences contre la députée Abir Moussi, présidente du Parti libre destourien, et d’autres membres de son parti. Ils avaient interrompu les auditions des ministres en séance plénière en faisant exploser les mégaphones.

Un coup d’État qui a prolongé plusieurs mois d’esclavage dans l’hémicycle et de sit-in devant le Parlement pour exiger la démission de Rached Ghannouchi, président du Parlement et leader du parti islamiste Ennahda, ainsi que celle du chef du gouvernement.

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Affaibli, Hichem Mechichi peine à trouver des alliés pour tenir le cap dans un pays où neuf chefs de gouvernement différents se sont déjà succédé depuis la révolution. Même le président de la République, Kaïs Saïed, est en conflit ouvert avec lui depuis un remaniement ministériel en janvier, qu’il désapprouve. Malgré ces divergences, le chef de l’Etat a réuni le 15 juin Hichem Mechichi et trois anciens chefs de gouvernement pour tenter de trouver une sortie de crise.

Quelques jours plus tard, le puissant syndicat de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) est monté au créneau, accusant Kaïs Saïed de proposer sa propre feuille de route et de contourner le dialogue national, une initiative du syndicat qui est depuis en pause. six mois faute d’accord au sein de la classe politique. La présidence a immédiatement réagi en parlant d’un malentendu, sans dissuader l’UGTT de réclamer des élections anticipées.

Dans cette situation politique “Ubuesque”, comme le décrit Aziz Krichen, la démocratie semble s’essouffler. « Tout le monde prétend désormais être victime d’un complot », ce qui menacerait les fondements du système, note le sociologue. Lors de la réunion du 15 juin, le chef de l’Etat a dénoncé un complot visant à le destituer ou à l’assassiner. Cette déclaration a donné lieu à l’ouverture d’une enquête par les tribunaux.

En janvier 2021, le président avait déjà affirmé avoir été la cible d’une tentative d’assassinat en envoyant une lettre empoisonnée. L’enveloppe suspecte ne contenait finalement aucune substance toxique selon l’enquête menée par le procureur de la République. Début juin, des membres du parti Ennahda ont également assuré que Rached Ghannouchi avait reçu des menaces de mort.

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