June 22, 2021

Aux États-Unis, la bataille pour des noms d’oiseaux plus inclusifs

Mise au rebut de statues de généraux confédérés, de bases militaires, de rues et d’équipes sportives renommées… La mort de l’Afro-américain George Floyd, au printemps 2020, sous le genou du policier blanc Derek Chauvin a donné le coup d’envoi d’un mouvement visant à affronter les États-Unis avec les symboles de son passé raciste, esclavagiste et colonial.

Cette onde de choc a fini par toucher l’un des derniers bastions de la suprématie blanche : l’ornithologie. Cette branche de la zoologie, qui a pour objet l’étude des oiseaux et est encore pratiquée par une grande majorité d’amateurs, est aujourd’hui en pleine introspection, comme l’illustre un récent séminaire de l’American Ornitological Association (Société American Ornithology, AOS), consacré aux noms vernaculaires des oiseaux d’Amérique du Nord.

Analyse: L’égalité raciale reste à réaliser aux États-Unis

L’AOS, institution fondée en 1883, a été secouée en août 2020 par une chronique publiée par Jordan Rutter et Gabriel Foley dans le Washington Post, appelant à la décolonisation de l’ornithologie. Les deux ornithologues écrivent alors notamment que « Le colonialisme entache les noms vernaculaires de plusieurs oiseaux [qui] en tant que tel doit être modifié ».

« En Amérique du Nord, il n’y a que des hommes blancs et quelques femmes blanches dont le nom a été donné aux oiseaux [et à d’autres espèces]. Beaucoup d’entre eux étaient des personnages méprisables, même selon les critères du XIXe siècle. Ils représentent une période de l’histoire coloniale et de l’exploitation dont beaucoup de gens ressentent encore les effets », explique Jordan Rutter à Monde.

Cadavres dans le placard

Parallèlement, les deux ornithologues lancent le site Bird Names for Birds qui rappelle que le nom d’un oiseau peut décrire son apparence, son comportement, son habitat, son chant ou le nom d’une personne… Mais un nom honorifique ne peut rien décrire. de l’oiseau ou même de l’histoire : il sert juste à honorer quelqu’un. Le site répertorie plus de 150 oiseaux dont les noms sont liés à des personnages “Problématique”, comme William Alexander Hammond, John Bachman ou John Kirk Townsend.

Ce dernier a donné son nom à Townsend’s Solitaire (Myadestes townsendi, Solitaire de Townsend) et la Paruline de Townsend (Setophaga townsendi, paruline de Townsend). Non content d’explorer l’Ouest américain, cet ornithologue a pillé les crânes des tombes amérindiennes dans les années 1840, pour apporter sa pierre à la phrénologie et au racialisme, pseudosciences portées par son ami, le médecin et anthropologue Samuel George Morton.

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