June 22, 2021

“On ne retrouvera l’envie de vivre qu’en renouant les liens avec le vivant”

Du plus politique des auteurs de science-fiction français, on connaît l’imagination puissante et la critique ardente des technologies addictives et de la société de contrôle. Son dernier ouvrage, Scarlett et Novak (Rageot, 64 pages, 4,90 euros), interpelle les adolescents sur les risques mortels de l’addiction au smartphone. On sait moins qu’Alain Damasio, arpenteur infatigable de la garrigue et des montagnes, essaie de reconnaître, ou plutôt de “À découvrir”, le vol du milan royal et du circaète Jean-le-blanc.

L’auteur de La zone extérieure (CyLibris 1999 ; La Volte, 2007), de La Horde vivifiante (La Volte, 2004) et Furtif (2019) nous reçoit dans son appartement marseillais, en bordure du Parc des Calanques, la Méditerranée à l’horizon. Mais ses rêves sont ailleurs, sur une parcelle d’alpage où il nourrit le projet de construire, avec d’autres, un lieu « Où expérimenter ce monde dans lequel nous aimerions vivre ».

Article réservé à nos abonnés Lire aussi L’écrivain de SF Alain Damasio, logicien de la fuite

Pour l’auteur de dystopies souvent inspirées du réel, il ne fait plus de doute que dans un monde aux ressources limitées, l’histoire du progrès induit par l’innovation technologique et la croissance économique n’a déjà rien donné.

L’écrivain, dont la conscience politique s’est forgée à la lecture de Nietzsche (1844-1900) et de Deleuze (1925-1995), cite désormais avec le même enthousiasme les ouvrages d’écologie politique de Bruno Latour, le philosophe naturaliste baptiste. Morizot, ou les travaux de l’avocate Sarah Vanuxem sur le concept de « land commons ».

Une nouvelle histoire reste à inventer mais laquelle ? Pour Damasio, il s’agit de l’esquisse d’un art de vivre avec une technologie « conviviale » et émancipatrice, le patient retissant les liens. « À soi, aux autres et aux autres espèces », et la défense d’un droit à l’expérimentation, dans le cadre « Zones autonomes » (ZAG), d’autres règles sociales, politiques et environnementales.

En mai 2020, vous avez cosigné un appel à dire « non à un retour à la normale », publié dans « Le Monde ». Dans quel état d’esprit êtes-vous aujourd’hui alors que la vie commence à suivre son cours ?

Depuis un an et demi, nous vivons une expérience vitale et douloureuse, qui pourrait être de la science-fiction, dans son essence, à savoir réaliser ce qui n’était au départ qu’un concept, une potentialité. Avec le Covid-19, la possibilité abstraite d’un confinement individuel à l’échelle de quatre milliards de personnes est devenue réelle : nous nous sommes retrouvés cobayes dans un laboratoire anthropologique mondial !

Vous avez 88,17% de cet article à lire. Le reste est réservé aux abonnés.

click now