June 23, 2021

La couverture vaccinale des départements faussée par la mobilité des Français

Depuis le 26 janvier, Santé publique France (SPF) publie chaque jour, sur le portail open data du gouvernement, de nombreuses informations sur la campagne française de vaccination contre le Covid-19, qui permettent, entre autres, de suivre son déploiement sur une journée. -au jour le jour.

Les données départementales collectées par le SPF dénombrent les vaccinés par lieu d’injection, et non par lieu de résidence. Ainsi, si un Parisien se fait vacciner au Stade de France, il gonflera les chiffres pour le département de Seine-Saint-Denis, où se situe ce centre de vaccination, et non celui de Paris, où il réside.

L’Assurance maladie a mis en ligne, le 30 mai, un portail complet sur la vaccination, dont les données départementales corrigent justement ce biais, en comptant les vaccinés par lieu de résidence. Ces données révèlent des différences assez nettes dans certains départements entre les couvertures vaccinales calculées par le SPF et par l’Assurance Maladie.

Vaccination contre le Covid-19 : suivre l’évolution en France et dans le monde

Seine-Saint-Denis tard

La différence entre les deux chiffres est très nette en Seine-Saint-Denis. C’était attendu, tant les inquiétudes se sont multipliées sur la lenteur de la vaccination dans ce département particulièrement touché par l’épidémie. Au 23 mai, date des dernières données disponibles, le département avait une couverture vaccinale aux premières doses de 28%, selon les chiffres par site d’injection communiqués par le SPF. Mais au regard des données par lieu de résidence de l’Assurance maladie, la couverture vaccinale des habitants de Seine-Saint-Denis est de 22,6 %, soit 5,4 points de moins. La différence est moindre pour les personnes totalement vaccinées (- 1,64 point), ce qui laisse penser que le décalage est accentué par les premières injections, ce qui correspondrait à la fois à la montée en puissance du vaccinodrome du Stade de France et à l’extension de la vaccination. aux catégories plus jeunes.

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Cogéré par l’Agence régionale de santé (ARS) d’Ile-de-France, le Conseil départemental de Seine-Saint-Denis et la mairie de Saint-Denis, ce grand centre de vaccination ouvert le 6 avril n’a eu de cesse d’augmenter son capacités. Au 3 juin, 141.000 personnes y avaient été vaccinées en un peu moins de deux mois, selon l’ARS, contactée par Le monde. Sur ce total, seuls 45% sont des résidents du département, selon le Conseil départemental. Cette différence explique environ 86 % du retard des premières injections observé.

En regardant les tranches d’âge, on constate que la couverture vaccinale des 75 ans et plus en Seine-Saint-Denis n’était que de 72 %, alors qu’elle était de 79 % au niveau national, soit sept points en dessous. . Mais l’essentiel de la différence vient des moins de 75 ans : 20 % des habitants du département sont vaccinés, contre 30 % en France métropolitaine. Ceci peut être lié au fait que la population de Seine-Saint-Denis est l’une des plus jeunes du pays : il n’y a que 22% des habitants âgés de 55 ans et plus, qui ont été prioritaires d’accès. vaccins, au lieu de 33 % au niveau national.

Certains Yvelinois ont été vaccinés ailleurs

Contrairement à la Seine-Saint-Denis, où la population est moins vaccinée que dans le reste de l’Ile-de-France, ce sont des départements où une part importante de la population a été vaccinée ailleurs.

C’est le cas en premier lieu des Yvelines, dont 34,9% des habitants ont été vaccinés le 23 mai, alors que la donnée par lieu d’injection était plutôt à 30%. Cette différence significative s’accentue encore chez les plus âgés : 93 000 habitants du département âgés de 75 ans et plus sont vaccinés alors que les Yvelines n’ont vacciné « que » 80 000 personnes.

Le département voisin des Hauts-de-Seine a un profil assez similaire. A Paris, une couverture des plus de 75 ans supérieure à leurs propres capacités de vaccination suggère que les Parisiens plus âgés ont été très mobiles pour trouver leurs doses. En revanche, la capitale affiche un écart négatif pour les moins de 75 ans, ce qui signifie que les habitants des départements voisins y ont également été vaccinés.

Avec des départements de petite superficie et fortement interconnectés les uns aux autres, la situation particulière de la région Ile-de-France n’est pas une grande surprise. En revanche, d’autres départements présentent des différences plus difficiles à expliquer.

L’Ariège, le Lot et l’Orne vaccinent plus que leurs populations

Parmi les territoires où les différences sont les plus marquées, on trouve des départements plutôt ruraux.

L’Ariège affiche un écart de couverture vaccinale plus important que la Seine-Saint-Denis, avec un écart de 6,3 points : le département a distribué environ 65 000 doses, mais ses habitants n’en ont reçu que 55 000. peut s’expliquer par la proximité de la métropole toulousaine ainsi que par la mobilisation de l’ARS Occitanie et du préfet de département, qui ont multiplié les événements accessibles à tout public ces dernières semaines. Contacté par Le monde, l’ARS Occitanie n’a pas encore répondu à nos demandes.

En revanche, les cas du Lot et de l’Orne sont plus difficiles à expliquer : ces deux départements, plus éloignés des grands bassins de population, présentent encore de nettes différences entre le nombre de doses reçues par leurs habitants et le nombre de celles distribuées sur leurs territoires. Ainsi, dans l’Orne, 28.000 plus de 75 ans ont reçu une première dose, tandis que les données du SPF montrent que les centres et professionnels du département en ont injecté 31.500 à cette catégorie de la population.

Parmi les zones où les différences sont les plus nettes figurent également les deux départements corses, qui ont distribué environ 10 000 doses de plus que celles reçues par leurs habitants. Cependant, il est trop tôt pour attribuer ce retard à un prétendu « tourisme vaccinal ».

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