June 23, 2021

Privée de ses clubs, Ibiza cherche à se réinventer

Dans les « beach clubs » de la plage des Salines d’Ibiza, quelques dizaines de touristes profitent du coucher de soleil en sirotant des cocktails avant que le couvre-feu ne sonne à minuit. Quelques kilomètres plus loin, la nuit tombe dans un morne silence sur la discothèque Amnesia, en ce dernier week-end de mai.

À part quelques chats errant devant l’entrée aux murs délavés de l’un des clubs les plus célèbres de cette île des Baléares, il n’y a âme qui vive dans le parking abandonné. Normalement, à cette date, ce dernier devrait être bondé, recouvert d’une pelouse artificielle et décoré de plantes vertes luxuriantes pour sa traditionnelle « soirée d’ouverture ». Là, seul un bus à impériale aux couleurs du club y stationnait, et il était à peine prêt à redémarrer.

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Après dix-huit mois de fermeture en raison de la pandémie de Covid-19, Pacha, Hï, Privilège, DC10 et autres immenses discothèques de l’archipel espagnol, paradis des clubbers du monde entier, attendent la tenue de soirées test et un éventuel feu vert du gouvernement régional des Baléares dans l’espoir de rouvrir, au mieux, fin août. Pour l’heure, seul l’Amnesia, club de 5 000 places, s’est proposé de fixer une date de retrouvailles : le 23 octobre… pour ses ” Fête de clôture “.

Devant la discothèque Amnesia, l'un des repères de la vie nocturne d'Ibiza, le 27 mai 2021.

En attendant ces hypothétiques réouvertures, l’île verdoyante aux criques idylliques, aux eaux cristallines et aux villages blancs, paradis hippie des années 1970 avant de devenir la Mecque des clubbers, retrouve un calme et une quiétude oubliés depuis longtemps. L’île, qui souffre gravement de la crise économique, voit dans la pandémie une opportunité d’accélérer le changement de son modèle touristique, fortement dépendant de la vie nocturne – ce sur quoi elle travaille déjà depuis plusieurs années.

« Préserver notre environnement »

« La pandémie a ouvert les yeux de tout le monde et changé notre façon de vivre, estime Vicente Mari, président du Conseil insulaire d’Ibiza. Ibiza subit une pression très élevée pendant l’été, dont elle récupère le reste de l’année. Notre objectif est de désaisonnaliser l’activité économique pour que l’île vive toute l’année – et de manière durable -, d’attirer les travailleurs nomades du numérique, de miser sur les énergies propres ou encore d’encourager l’agriculture, la pêche et l’élevage, car seulement 3% de la la nourriture que nous consommons est produite ici… »

Les restaurants et les bars en plein air commencent à ouvrir.  Comme ici dans le port de la ville.

Chez les élus municipaux, la réflexion avance. Fin avril, Sant Joan de Labritja, au nord de l’île, a fait ratifier une norme interdisant toute nouvelle discothèque ou tout nouveau club de plage dans la ville. Tous les groupes représentés en mairie, de droite à gauche, ont voté pour, et les médias locaux ont salué la mesure, certains appelant à sa généralisation. « Nous voulons garder l’image de l’Ibiza traditionnelle et préserver notre environnement en attirant plus de tourisme familial, en contact avec la nature », explique le maire conservateur, Antoni Mari, qui a pourtant soutenu la construction d’un grand hôtel de luxe de la chaîne Six Senses sur la pointe rocheuse de la baie de Cala Xarraca.

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