Ni le maoïsme ni la guerre froide ne sont de retour

Analyse. La marche de Xi Jinping vers un troisième mandat à partir de 2022 suffit-elle à faire de lui un « nouveau Mao » ? Les tensions entre les Etats-Unis et la Chine constituent-elles le signe d’une « nouvelle guerre froide » ? Tentants, ces raccourcis sont trompeurs, et donc dangereux, car ils offrent des grilles de lecture dépassées.

Certes, en mettant fin, en 2018, à la limite des deux mandats présidentiels instaurée en 1982 par Deng Xiaoping pour éviter toute dérive impériale du pouvoir, Xi Jinping marche dans les pas de Mao. Le culte de la personnalité dont il fait l’objet est une autre caractéristique commune aux deux leaders. A la limite, on pourrait presque affirmer que Xi Jinping exerce le pouvoir de manière encore plus autocratique que Mao. Au moins, celui-ci devait composer avec son inamovible premier ministre, Zhou Enlai, notamment en matière de politique étrangère. En revanche, on chercherait en vain une décision importante qui porterait la marque de Li Keqiang, premier ministre depuis 2013.

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Mais Mao Zedong était un révolutionnaire, ennemi du capitalisme et farouche partisan de la lutte des classes, un populiste qui n’hésitait pas à mobiliser les masses contre les élites et à alimenter le chaos pour se maintenir au pouvoir, comme il l’a prouvé en lançant la Révolution culturelle (1966-1976).

L’élite préférée aux masses

Rien de tout cela avec Xi Jinping. L’homme est certes un autocrate nationaliste, mais rien ne lui est plus étranger que la lutte des classes. Le chaos le révulse. Dans la résolution sur « les réalisations majeures et le bilan historique des cent années de lutte du Parti », publiée le 16 novembre, quelques jours après son adoption par le Plénum du comité central du Parti communiste chinois, la Révolution culturelle est qualifiée de « désastre ». Le Parti communiste est une organisation de plus en plus élitiste et fière de l’être. Mao avait fermé les universités, Xi Jinping rêve au contraire de faire des Chinois un peuple d’ingénieurs et de scientifiques. Lui-même n’hésite pas à imposer aux membres du Bureau politique des séances de formation sur des thèmes aussi ardus que la physique quantique.

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Par ailleurs, le but explicite de la « prospérité commune », sa nouvelle boussole économique, est de permettre à chacun de s’enrichir. Conscient que le pays ne connaîtra plus de croissance à deux chiffres et que l’ascenseur social fonctionne déjà moins bien, ce marxiste prend très au sérieux une montée du populisme qui résulterait de l’augmentation des inégalités en Chine. La résolution du Parti qualifie la stabilité sociale que le pays a connue ces dernières années de « miraculeuse ».

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Ni le maoïsme ni la guerre froide ne sont de retour

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