August 5, 2021

“La numérisation de l’économie a un effet désinflationniste”

On parle d’un retour de l’inflation, mais à quand remonte la dernière période de hausse des prix que nous avons eue ?

Nous n’avons pas connu d’inflation élevée depuis les années 1980. Mais entre 1999 et 2008, nous avons connu une période d’inflation modérée, avec un taux de croissance annuel des prix de 2,3 % par an en moyenne. Puis, entre 2008 et 2019, avant le Covid, il était tombé à 1,2%, même si aux Etats-Unis et dans de nombreuses régions du monde, le taux de chômage était historiquement bas.

D’autres facteurs très puissants ont été à l’œuvre, comme l’ubérisation de l’économie, la numérisation, les délocalisations, l’essor de la Chine… Aujourd’hui, il faut se demander si le monde a changé.

Comment expliquer la faible inflation de ces dernières années ?

Le premier élément est la structure du marché du travail. Pour avoir une inflation durable, nous avons besoin d’augmentations de salaires. Pourtant, aux États-Unis, il y a encore 7,5 millions de chômeurs. De plus, nombreux sont ceux qui ne cherchent pas de travail par peur du Covid-19, des fermetures d’écoles ou des généreuses aides de l’État. Il existe donc un vivier de personnes susceptibles de revenir sur le marché du travail.

Il faut aussi se poser la question du partage de la valeur ajoutée. La déréglementation du marché du travail a réduit le pouvoir de négociation des salariés. Avons-nous changé de paradigme avec la crise ? Rien n’est moins sûr, comme le montrent le refus de se syndiquer chez Amazon (6 % des travailleurs sont aux Etats-Unis, contre 30 % il y a cinquante ans), ou l’explosion du nombre d’indépendants en Europe.

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D’autre part, la crise a été un formidable accélérateur dans la numérisation de nos économies. Elle est très désinflationniste du côté du consommateur, qui compare les prix et achète sur Internet, et du côté des entreprises avec au final des gains de productivité et donc une capacité à répondre à une demande plus élevée sans retranscrire l’augmentation des coûts d’approvisionnement dans les prix. .

Une délocalisation des chaînes de production aurait-elle des effets sur l’inflation ?

Ces dernières années, la Chine a mis une main-d’œuvre bon marché à la disposition des entreprises du monde entier, contribuant ainsi à réduire les coûts de production. Ceci est en partie remis en cause, notamment avec la très forte hausse des salaires et la montée en puissance de la classe moyenne en Chine. La crise a aussi montré les limites de cette organisation.

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