June 21, 2021

“Patrick Drahi a choisi de traverser la Manche à un moment opportun”

Pertes & bénéfices. La France et l’Europe manquent cruellement des géants du numérique et de la technologie de demain, mais elles restent bien dotées en artistes financiers. Vous n’avez pas besoin d’être un génie visionnaire, il vous suffit de flairer les bonnes affaires avant les autres et de gérer avec audace un portefeuille intrinsèquement abondant. Le milliardaire Vincent Bolloré est le plus célèbre de ces acrobates, toujours à la pointe, avec mille idées en tête et un opportunisme qui lui permettent de mettre en œuvre celles qui conviennent au moment présent, jouant sur l’effet de surprise.

C’est aussi le cas de Patrick Drahi, le fondateur d’Altice, propriétaire, en France, de SFR. Mais contrairement à l’homme d’affaires breton, très éclectique dans ses investissements, lui, en bon ingénieur télécom, n’aime qu’un objet : le câble. Même s’il est présent dans les médias, notamment avec BFM en France, le cœur de son empire tourne autour de ces bobines de cuivre ou de fibre optique qui sont enterrées à grands frais pour fournir la télévision et Internet à des millions de personnes. maisons. Elle est présente en France, au Portugal, en Israël et aux États-Unis. Et, à la stupéfaction générale, il a annoncé, jeudi 10 juin, son entrée dans le capital de BT, l’ex-British Telecom et premier opérateur téléphonique britannique.

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Pour un investissement estimé à près de 2,5 milliards d’euros pour 12% du capital, elle est soudainement devenue le premier actionnaire de l’ex-entreprise nationale du Royaume-Uni, à égalité avec son homologue allemande, Deutsche Telekom.

Potentiel prometteur

A l’heure du Brexit, Patrick Drahi, qui comme tous les financiers connaît Londres sur sa poche, a choisi de traverser la Manche. Le moment est venu. BT s’est lancé dans un vaste programme de câblage à fibre optique terrestre pour apporter l’Internet haut débit à autant de foyers britanniques que possible. Avec seulement 15 % de la population filaire, le Royaume-Uni est loin derrière, par rapport à d’autres pays européens, comme la France (73 %) ou le Portugal, que la filiale Altice a regroupé avec plus de 80 %.

Le potentiel est d’autant plus prometteur que Boris Johnson a promis de rattraper ce retard en accordant plus de 5 milliards d’euros de subventions. BT est engagé dans un programme d’équipement important et coûteux et recherche des alliés pour le soutenir. Patrick Drahi propose son expertise internationale, mais surtout BT a besoin d’un soutien financier.

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Dans ce domaine, le patron franco-israélien maîtrise l’art de la dette et de sa restructuration en tous genres. Celui d’Altice Europe dépasse les 28 milliards d’euros, ce qui ne l’a pas empêché de débourser 3 milliards d’euros de sa poche pour retirer l’entreprise de la Bourse en janvier. Bien sûr, ses sociétés sont juridiquement séparées, entre ses succursales européennes, israéliennes, américaines et britanniques, mais elles sont toutes sa propriété. Aussi, pour lui, comme pour tous les acrobates de la finance, la vie des affaires fonctionne comme le vélo, elle ne trouve sa stabilité que dans le mouvement. Attention aux accidents de la route.

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