June 23, 2021

les faillites menacent, l’État tergiverse

Qui doit payer pour les éventuelles faillites des voyagistes ? A leurs collègues, aux voyageurs ou à tous les contribuables français ? C’est l’équation à laquelle est confronté le gouvernement, bientôt au pied d’un mur de 1,5 milliard d’euros : celui des actifs des voyagistes. Un mur qui se dressera à la rentrée et pourrait plonger les agences et, par extension, leur principal fonds de garantie, déjà ruiné par la faillite de l’entreprise Thomas Cook.

L’échéance, officiellement, n’inquiète pas l’Etat ; mais son attentisme inquiète le secteur qui craint un effet domino et une atteinte durable à sa crédibilité. La menace est née le 23 septembre 2019. Ce jour-là, le Britannique Thomas Cook, pionnier de deux siècles de voyages organisés, a assommé le monde du tourisme en se déclarant en faillite. Quelque 600 000 voyageurs doivent être rapatriés, dont 11 000 clients de la filiale française. L’Association professionnelle du tourisme solidaire (APST), principal fonds de garantie des voyagistes, dont Thomas Cook, doit indemniser ou organiser le voyage de 41.000 touristes abandonnés.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Les causes de la faillite du voyagiste Thomas Cook : endettement, concurrence, Brexit

Contrairement aux billets d’avion, les voyages organisés ou « packages » – vol et hébergement par exemple – sont garantis en cas de défaillance du fournisseur, en vertu d’une directive européenne transposée en France en 2018. L’opération pourrait coûter jusqu’à 42 millions d’euros, dont la moitié n’a pas encore été payé : l’APST attend le coup de sifflet du liquidateur de Thomas Cook, qui devrait selon elle intervenir dans les prochaines semaines. La somme représente près de trois ans de cotisations pour l’association, qui n’avait jamais eu à gérer une catastrophe de cette ampleur.

Assistance respiratoire

Facteur aggravant – et preuve, selon ses détracteurs, de sa légèreté : la garantie offerte par Thomas Cook France n’était qu’un acompte de la maison mère, jugé inutilisable par la justice britannique. Et la faillite est intervenue à la fin du contrat de réassurance souscrit par l’APST. AXA, qui devait prendre le relais, a résilié le contrat le jour où Thomas Cook a fait faillite. Depuis, l’APST n’a plus trouvé d’assureur pour mutualiser les risques.

Si certains acteurs du tourisme ont profité de l’été 2020 pour remettre leur argent sur l’eau, cela n’a pas été le cas des voyagistes, dont l’activité est restée marginale.

La chute du voyagiste historique a vidé les réserves accumulées ces dernières années par l’association. La vente de son luxueux siège parisien, à deux pas de l’Arc de Triomphe – plus de 20 millions d’euros -, l’absence de perte notable en 2020 et la hausse de 30% des cotisations vont lui permettre de régler l’affaire Thomas Cook. Mais la vague de faillites née de la pandémie de Covid-19 est encore à venir. Après plusieurs mois d’incertitudes, l’Etat a autorisé l’APST à poursuivre sa mission, malgré l’absence des ratios prudentiels nécessaires.

Il vous reste 70,33% de cet article à lire. Le reste est réservé aux abonnés.

Visit Your URL