August 5, 2021

La nonne lesbienne et la scène de sexe qui scandalisent à Cannes

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Ne dis pas scandale, dis-le Paul Verhoeven. Le réalisateur sait ce qu’est une bonne polémique, comment le chef de films peut-il ne pas le savoir ? Quoi Instinct primaire O Showgirls. A 82 ans, Verhoeven continue avec son esprit provocateur, iconoclaste et irrévérencieux comme au premier jour. Son dernier film le prouve, Benedetta, qui a été présenté au Festival du film de Cannes, où c’était l’un des films les plus attendus de toute la section officielle.

C’est parce que nous savions tous que le scandale viendrait avec, ou du moins un peu d’agitation, quelque chose qui s’avère utile dans ces moments d’hégémonie culturelle où tant de films se ressemblent. Cannes lui a réservé un lieu luxueux pour présenter cette adaptation d’un roman de Judith C. Brown dont le titre l’indique clairement : Actes impudiques : La vie d’une nonne lesbienne dans l’Italie de la Renaissance (Études sur l’histoire de la sexualité). Eh bien, en Benedetta ce que nous voyons est l’histoire d’une religieuse novice du 17ème siècle qui rejoint un couvent italien et commence une histoire d’amour avec une autre femme.

Et ici, Verhoeven devient ludique et provocateur. Et on tombe tous sous son charme. A commencer par Cannes qui est plus que consciente que le film allait faire couler des flots d’encre et faire la une des journaux comme celui qui dirige cette chronique. Comme le montre le dossier de presse mis à disposition des journalistes et dans lequel le réalisateur est interrogé sur une scène (attention au spoiler) dans lequel le protagoniste se masturbe avec une statuette de la Vierge Marie. Avec cette information, nous attendions tous ce que nous allions trouver.


Pour les curieux. Oui. La scène en question existe, le protagoniste construit un godemiché avec une figurine de la Vierge et c’est l’un des moments irrévérencieux que nous offre le bon vieux Verhoeven, qui s’amuse bien et nous avec lui. Dans le dossier, il a dit à propos de ce moment qu’il voulait montrer comment un objet peut signifier quelque chose de religieux ou quelque chose qui n’a aucune valeur, et que lorsque la protagoniste “se laisse faire son voyage amoureux”, l’objet n’a plus aucune valeur. Au final, dans cette figurine se retrouve pour lui la métaphore de tout le film : « Ignorons les règles et les tabous, faisons ce que nous voulons. »

Mais ce n’est qu’un avant-goût de la capacité de Verhoeven à provoquer. Le laissez-passer de presse de Benedetta à Cannes, c’est devenu celui de Sitges, et bien qu’il y ait eu pas mal de désertions, le reste de la salle a applaudi chaque boutade d’applaudissements et de rires. Le réalisateur a fait un Showgirls période qui n’est à aucun moment prise au sérieux et que ce qu’il veut c’est se concentrer sur le danger de la répression sexuelle et des fondamentalismes religieux. Elle le fait avec un ton parfois proche de la parodie où elle se moque des dogmes de la foi et de la religion -Benedetta a aussi des fantasmes sexuels avec son mari, Jésus-Christ-. Une fin avec une pandémie de peste incluse dans laquelle le mal est apporté par les hommes et la religion et le seul moyen d’y échapper est une révolution par le bas est également tirée de la manche.

Benedetta c’est un plaisir ludique et ludique. Le travail de quelqu’un qui saute sans filet dans chaque film. Il va diviser, scandaliser et en parler. Et avec lui, nous verrons si nous avons parcouru un long chemin en 60 ans, puisque cela Palmier d’or une Viridiana qui a provoqué la colère du Vatican et qui a poussé le régime franquiste à persécuter le film et à vouloir brûler ses copies comme ils voulaient brûler la religieuse lesbienne à qui il donne vie avec une prestation mammouth un sensationnel Virginie Efira.

Verhoeven l’a encore fait. Tout le monde parle de son film, de lui, du godemiché sculpté dans la figure de la Vierge et dans toutes les scènes avec lesquelles il défie les timides. Peu de place a été laissée pour parler d’autres titres en compétition tels que Langues, portrait de l’avortement au Tchad qui a ému le président du jury Spike Lee et avec lequel Mahamat Saleh Haroun entrer dans la cagnotte ; ou alors La pire personne au monde, une surprise sous la forme d’une comédie romantique moderne et actuelle avec laquelle Joaquim Trier confirme qu’il peut être léger et même amusant. Un portrait de femmes modernes en 12 chapitres (plus un prologue et un épilogue) qui a fait rire et se perd dans ses derniers instants dramatiques. Ils ont tous été engloutis par la religieuse Benedetta et par Verhoeven, qui montre que la vitalité n’est pas une question d’âge.

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