August 5, 2021

Paul B. Preciado, au-delà du genre

Octobre 2020. Sur la scène d’un auditorium du Centre Pompidou, vêtu de noir, la barbe discrète et le regard doux, le philosophe Paul B. Preciado annonce : « La révolution n’est pas demain. Nous sommes dans un présent révolutionnaire. “ La salle est pleine, l’événement retransmis sur Internet depuis le musée parisien où se déroule ce séminaire. Son but? Raconter une nouvelle « histoire de la sexualité », quarante-cinq ans après la parution du premier tome de l’ouvrage-sommaire de Michel Foucault. Quatre jours d’échanges, de performances et de danse animés par des artistes, des comédiennes (Nadège Beausson-Diagne et Adèle Haenel), des chanteuses (Mélissa Laveaux et Yseult) et l’écrivain Virginie Despentes.

UNE « Cluster antifasciste, transféministe et antiraciste », annonce Paul B. Preciado. Les interventions – transcrites en écriture inclusive et traduites en langue des signes – se sont bien déroulées. Le plus souvent, dans les débats, tout le monde était d’accord. Dans la salle, des jeunes, des noirs, des blancs, des trans, des hétérosexuels, des homosexuels. Comme un instantané de cette gauche intersectionnelle, au carrefour des luttes, parfois ironiquement qualifiée de « La gauche s’est réveillée » – “éveillé”. Un mouvement qui en hérisse certains et dont Paul B. Preciado, 50 ans, est devenu l’une des figures incontournables.

Samedi 26 juin, beaucoup se retrouveront à la Marche des Fiertés à Paris. Il sera présent, heureux de « Se connecter à cette énergie collective ». Un événement moins festif que les éditions précédentes – compte tenu du contexte sanitaire – mais plus « inclusif » que jamais, promettent les organisateurs : les lesbiennes et les personnes trans sont de plus en plus nombreuses et visibles ces dernières années dans les rangs d’un cortège autrefois mené par des militants homosexuels.

Une petite révolution dont le philosophe espagnol, considéré comme l’un des penseurs contemporains les plus importants en études de genre, est l’un des acteurs, il est l’ardent défenseur du « transféminisme », qu’il définit ainsi : « Un projet politique non essentialiste, un féminisme radicalement élargi, planétaire, anticolonial et écologique. “

France, Paris, 19 mai 2021, Paul B. Preciado, chez lui.

La nouvelle ère de l’inclusion

Cette vision du monde, qui ne veut exclure personne, ni les non-blancs, ni les lesbiennes, ni les trans, ni les travailleuses du sexe ou les handicapés, et dont il est le héraut, a longtemps été minoritaire, voire marginale. . Il a été ignoré jusqu’au milieu des années 2000. Mais, ces dernières années, la question du genre est devenue centrale, autant dans l’industrie de la beauté que dans le secteur audiovisuel – les productions grand public ont des héros et des héroïnes crédibles et identifiables (Orange est le nouveau noir, transparent, mytho…) -, dans le sport, où les athlètes revendiquent le droit de participer à des compétitions « Sans discrimination fondée sur leur identité de genre », et dans les collèges, où de plus en plus d’étudiants indiquent les pronoms par lesquels ils souhaitent être désignés (il, elle, iel).

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