August 5, 2021

A Alger, une librairie où la liberté a toujours une voix

Les livres sont tous là, empilés bien en vue sur les étagères : Aux sources du Hirak ; Vendredi en Algérie : humour, chansons et engagement ; Libertés, dignité, Algérien, avant et pendant le Hirak ; Hirak, enjeux politiques et dynamiques sociales… Le Hirak, ce mouvement « anti-système » lancé en février 2019, a beau être réprimé sur le pavé, il continue néanmoins à être écrit, publié, lu et affiché sur les tablettes, preuve que les régimes autoritaires ont de nombreuses brèches.

A l’heure où les électeurs algériens ont massivement boudé les législatives du 12 juin, une concertation qu’ils estiment poussée par les autorités pour rester en place, la revendication de liberté fait son chemin ailleurs que dans les isoloirs et notamment dans les librairies. . L’un d’eux n’est jamais vide : la Libraire du Tiers Monde, un des hauts lieux de la vie intellectuelle d’Alger.

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Le promeneur du centre-ville la traverse inévitablement, une fenêtre couverte de titres en bordure de la place Emir-Abdelkader, non loin de la Grande Poste à l’architecture néo-masuresque. Face à la statue du chef religieux et militaire à cheval pointant son épée vers le ciel et jouxtant la terrasse du Milk Bar – scène d’un attentat meurtrier (trois morts, soixante blessés) par le FLN en septembre 1956 -, la Libraire du Troisième Le monde est situé dans un endroit plein de souvenirs.

Abderrahmane Ali Bey, l’ouvrier du livre

Des générations entières d’Algériens sont venus y ouvrir leurs horizons après son investiture, en 1964, par le célèbre historien Mohammed Harbi, à l’époque cadre dans le gouvernement d’Ahmed Ben Bella. Nous ne nous contentons pas d’acheter des livres, nous nous précipitons également vers des dédicaces, des débats et des conférences au premier étage, où nous poussons les présentoirs de manuels dans un coin. Bref, c’est le cœur battant d’une vie littéraire qui a connu bien des cycles, des grandeurs et des alternances de misères.

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La librairie, c’est d’abord son libraire, Abderrahmane Ali Bey, un sexagénaire à la voix douce et au sourire éternel, capable de dire à un client : “Lisez le livre chez vous en toute tranquillité et vous le rapporterez quand vous l’aurez terminé.” ” Si l’on dit de lui qu’il est la cheville ouvrière de l’establishment, c’est au figuré comme au propre, lui qui a commencé à la base, ” ouvrier “ du livre à la grande époque socialiste.

Au plus fort de la « décennie noire », l’intimidation était explicite. « Nous avons reçu des menaces de mort par téléphone. Nous avons ouvert la peur dans nos estomacs tous les jours. »Abderrahmane Ali Bey, libraire

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