June 21, 2021

Le Lyon de Bertrand Tavernier

Trois grands portraits en noir et blanc lui rendent hommage sur les murs de l’Institut Lumière. Le menton à la main, Bertrand Tavernier lance son regard de chouette sympathique sur les grappes de jeunes gisant sur les pelouses de la cinémathèque de Lyon qu’il a présidée jusqu’à sa mort le 25 mars. Dans quelques instants, Thierry Frémaux, le réalisateur, accueillera le premiers spectateurs de retour de confinement avec une évocation de son frère aîné et ami. Mais ce 20 mai ensoleillé a des airs d’été dans le parc niché entre la maison alambiquée qu’Antoine Lumière avait fait construire à la fin du XIXe siècle.e siècle et la salle de projection tout en verre et béton clair.

La Villa Lumière, dans le 8e arrondissement, abrite le Musée des frères Lumière, inventeurs du cinéma.

Sur la place, devant l’imposante villa aux tuiles vernissées que les locaux appellent « Le château Lumière », les boulistes plaisantent au pied du dernier kiosque à musique de Lyon tandis que les clients prolongent leurs déjeuners sur les terrasses. Cela pourrait être le titre d’un de ses films : La vie et rien d’autre.

Nous montons des escaliers interminables à l’assaut des collines de Fourvière et de la Croix-Rousse pour retrouver, autour d’un jardin public, les plans larges qu’il aimait.

Bertrand Tavernier, qui avait quitté sa ville natale à 5 ans sans jamais cesser d’y revenir, était un peu chez lui dans ce quartier de Monplaisir dont quelques rues cultivent « l’esprit village ». C’est grâce à lui et aux équipes de l’Institut Lumière que les visiteurs étrangers s’aventurent dans cette « Rue du Premier Film » où un musée fait vivre le souvenir de l’invention du cinématographe en 1895.

Sur le « mur des cinéastes », ils déchiffrent les noms gravés des réalisateurs venus pour le Festival Lumière qui, depuis douze ans, invite les plus grands artistes du monde et la ville entière à communier autour du septième art. Neuf jours en octobre, pendant lesquels Bertrand Tavernier a couru d’un cinéma à l’autre pour présenter, enthousiaste et riant, un film « Assez redoutable ! “ ou raconter les anecdotes « Assez admirable » d’une histoire du cinéma qu’il connaissait par cœur. Sur scène aux côtés de Quentin Tarantino, Martin Scorsese ou Claudia Cardinale, il incarnait cette fête gourmande et improvisée, à l’image de la ville.

Portrait of Bertrand Tavernier by Jean-Luc Mège in the garden of the Lumière Institute, in the 8th arrondissement.

Bien sûr, elle a beaucoup changé depuis lors L’horloger de Saint-Paul, tourné en 1973 dans le Vieux Lyon. La rue de la Loge où Philippe Noiret faisait ses courses a retrouvé ses couleurs, comme tous ces entrelacs de pavés qui révèlent les ocres florentins. Les colonnes de l’ancien palais de justice voisin ne sont plus noires de suie, tout comme la cathédrale où Philippe Noiret semblait guetter un signe du ciel alors que ce n’était que l’heure épelée par les automates de l’ancienne horloge astronomique. La légende urbaine raconte que ce film a convaincu les élus de l’époque de ne pas massacrer les quelques hectares du Moyen Âge et de la Renaissance, classés depuis au patrimoine de l’Unesco.

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