June 23, 2021

Les dernières fumeuses brunes – Fuzzy Skunk

Allez le nez au vent pour sentir les cigarettes dans votre bouche. C’était l’idée principale de cette enquête tabac en profondeur sur les fumeuses brunes, façon Rouletabille en Le temps. Malheureusement, rien ne s’est passé comme prévu. Pour le nez au vent, d’abord : recouvert d’un masque FFP2, il ne sent guère plus qu’une haleine brumeuse. Ensuite pour la cigarette à la bouche : les inconscients qui osent encore en griller une dans l’espace public sont rares. Plus de succès en remontant à la source : au Celtic, rue de Belleville, à Paris, la patronne s’éloigne pour montrer son stand de cigarettes d’un large geste : « Brunes, on n’en fait plus !, elle dit. Plus personne ne nous l’achetait, alors nous avons arrêté de le vendre. J’avais encore un client, et je les commandais pour lui, mais, il y a trois ou quatre ans… [Vous aussi, vous avez cru deviner la fin de cette phrase ?] il a changé de quartier. “

Où sont passés les fumeuses brunes ? Ont-ils tous changé de quartier ? Sur Leboncoin, certains collectionneurs vendent des Gauloises ou des Gitanes collectors : cendriers, affiches, vieux emballages rectangulaires bleus (remplacés en 2017 par des emballages neutres de taille standard, sans les volutes blanches mais avec les poumons noircis)… Mais les chineurs ne sont pas des fumeurs. Saju6153 : « Cela aurait été un grand plaisir de vous répondre, mais cela fait longtemps – plus de vingt ans – que j’ai arrêté de fumer, du jour au lendemain. Ma collection de cigarettes s’est alors également arrêtée. “ Un porte-paquet gitan : « Hélas non, je ne fume pas. “

Cigarettes à bec effacé

Jusqu’à ce SMS miraculeux d’un autre brocanteur en ligne à ses heures perdues : « Malheureusement – ​​ou heureusement – ​​je ne fume pas. Je vais vous donner les coordonnées d’un ami qui fume depuis près de soixante ans. “ C’est ainsi que Jocelyne Hubert, 78 ans, ouvre grand la porte de son appartement à 14 anse arrondissement, quelques heures plus tard. La cafetière à l’italienne crépite, les murs regorgent de livres, « Rhum Saint-Gilles » s’affiche sur les tasses à café. Dans la cuisine, Anna Karina souffle la fumée de sa cigarette sur l’affiche de Vis ta vie (Godard, 1962). L’ancienne institutrice, cheveux blancs, lunettes rouges, pose sur la table un cendrier, un porte-clés et un vieux paquet, le tout signé Gitanes. Il y a même une aquarelle représentant le paquet bleu. « Ma mère tenait un café-bar près d’une caserne à Rennes, une ville de garnison. Les soldats ont été approvisionnés en cigarettes, troupes. Ceux qui ne fumaient pas nous les vendaient à bas prix, à nous les enfants. J’avais 15 ans, je voulais faire comme les garçons, porter des jeans et fumer des brunes. Et puis, j’étais déjà très friande de cinéma, et les films de l’époque faisaient de la cigarette un argument de séduction : regardez Lauren Bacall… » La vie d’une fumeuse brune commence, accompagnée des grandes figures intellectuelles et artistiques françaises.

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