June 21, 2021

Saint-Etienne sublime les objets du quotidien – Fuzzy Skunk

Fers à repasser, machines à coudre, Minitel ou tabouret Tam Tam de Pierre Paulin… l’exposition « Deja-Vu » au Musée d’Art Moderne et Contemporain (MAMC) de Saint-Etienne Métropole se concentre sur les humbles objets du quotidien, d’où son titre qui risque de ne pas éveiller curiosité. « Il est temps de raconter l’histoire du design, né il y a plus de cinquante ans, non pas à travers des produits vedettes et des sources maîtresses, mais comme l’ont vécu nos parents et grands-parents », affirme la commissaire de l’exposition, Imke Plinta.

Le parcours commence par ces photos de bidonvilles d’après-guerre, sans cuisine, sans salle de bain, par Stéphanois Ito Josué, chargé de documenter les habitations insalubres ainsi que les projets d’urbanisme à la gloire des villes nouvelles de Saint-Etienne. et Firminy. D’autres photos, du photographe Jean-Louis Schoellkopf, témoignent de la transformation radicale des intérieurs : mobilier en formica, canapé au ras du sol, cuisine ouverte, etc.

Vue de l'exposition Deja-vu.  Mobilier de Jules-Emile Leleu, provenant d'une salle du sanatorium de Martel-de-Janville, 1934.

Imke Plinta réussit à incarner cette révolution en puisant à 100 % dans les deux mille objets et dessins que conserve le MAMC. Dans l’air du temps, une chambre est dédiée au designer Michel Mortier (1925-2015) avec ses subtils dessins à la gouache et ses pièces qui n’ont pas pris une ride, comme ce banc à lattes de bois façon xylophone, ou ce coffre-bureau fonctionnel accroché au Mur. . « C’est un talent extraordinaire, d’abord décorateur, il s’est inventé designer puis graphiste : c’est le créateur de la modernité », s’exclame Imke Plinta.

L’iconique Manufrance

Toutes les pièces ont été extraites des collections du musée, ce qui donne une exposition quelque peu décousue. Manufrance, l’emblématique société de vente par correspondance de Saint-Etienne qui fournissait toutes sortes de produits, des fusils de chasse aux articles ménagers en passant par les horloges murales, pèse toujours lourd dans les réserves des musées.

Des pépites émergent de ce méli-mélo où les époques se heurtent, les pièces étant parfois classées par couleur (l’incontournable orange des seventies…). Parmi les gourmandises à savourer : ce meuble hygiénique en bois et métal pour une salle de sanatorium en Savoie, de Jules-Emile Leleu, plus souvent associé aux Arts Décoratifs. Et le secrétaire Foresta (2002) édité à vingt exemplaires en bois, verre et miroir – jamais sorti des collections –, par l’Italien Ettore Sottsass. Cinq ans avant sa mort, il imagine cette boîte à bureau bordée de miroirs à l’image de lui-même et s’interroge sur le confinement lié aux pratiques Internet.

Vue de l'exposition Deja-vu.  Au mur : Serge Mouille, applique à cinq bras, vers 1950. Au sol, de gauche à droite : Pierre Guariche pour l'Atelier de Recherches Plastiques), buffet, 1955 ;  Jean Prouvé, guéridon bas GB 21, 1947 ;  Pierre Guariche, fauteuil G 10, 1954.

« Je veux inciter les gens à réfléchir aux usages et aux choix qu’ils font en achetant un objet plutôt qu’un autre », souligne Imke Plinta. Ce qui termine son cours avec la question de l’obsolescence programmée. Cousus au mur, nombre d’accessoires aujourd’hui obsolètes comme le couteau électrique Moulinex, la machine à mayonnaise minute ou la fromagerie témoignent d’un design qui se voulait au service de la « libération féminine ». A l’époque, un véritable argument commercial.

Déjà vu. Le design dans notre quotidien. Jusqu’au 22 août. Exposition gratuite. MAMC rue Fernand Léger. 42270 Saint-Priest-en-Jarez.
Article réservé à nos abonnés Lire aussi Conception : contes de printemps au MAD

see page