June 21, 2021

L’art brut prend ses quartiers à Beaubourg

Plus de 900 œuvres d’art ! C’est un don considérable que le Musée national d’art moderne vient de recevoir du réalisateur de documentaires Bruno Decharme. « Un profond bouleversement pour le musée », abonde Bernard Blistène, son directeur, assez fier du grand coup qu’il a porté quelques jours avant son départ du Centre Pompidou le 28 juin.

Si ce don ébranle l’institution parisienne, c’est parce qu’il n’est pas composé de têtes de gondole de marché ou de jeunes plasticiens branchés qui sont habituellement convoités par les musées. Les artistes qui rejoignent Beaubourg aujourd’hui s’appellent Aloïse, Madge Gill, Adolf Wölfli, Henry Darger, Pascal-Désir Maisonneuve, Augustin Lesage ou encore Fleury Joseph Crépin.

Théorisé en 1945 par Jean Dubuffet

Ce sont pour la plupart des outsiders tenus pour des esprits fous, sophistiqués, perdus dans les méandres de leurs autodidactes inconscients, passionnés, niais tourmentés. Tous ont produit un « art brut », théorisé en 1945 par l’artiste Jean Dubuffet, qui désigne ainsi des créateurs irréductibles aux normes de la culture savante.

Ce peintre inspiré avait soigneusement rassemblé leurs productions et avait même envisagé de les déposer au Centre Pompidou. Avant d’y renoncer, préférant confier son ensemble de 5 000 œuvres, en 1971, à la ville de Lausanne. Cinq ans plus tard, la Collection d’Art Brut y est inaugurée. C’est là que Bruno Decharme, étudiant en philosophie formé au cinéma par Jacques Tati, découvre en 1977 ces « Des artistes d’un genre particulier qui nous offrent un savoir différent, nous racontent des choses essentielles qui résonnent en nous ».

Une révélation qu’il peine parfois à formuler. “C’est comme demander à quelqu’un pourquoi il tombe amoureux”, disait-il, appréciant la désarmante quête de vérité de ces créateurs. Au début des années 1980, il achète ses premières œuvres d’art brut. Il en possède aujourd’hui près de 6 000. Une passion dévorante. Depuis 1998, il produit et réalise des documentaires consacrés à cet art, notamment Ciel rouge.

Contrairement à Dubuffet qui prônait de mettre de côté l’art brut pour mieux le protéger, Bruno Decharme n’a jamais cessé de le révéler à un large public. En 1999, il fonde l’association abcd (art brut connaissance & diffusion), pour organiser des expositions de sa collection, réaliser des films sur ces auteurs méconnus et publier des livres. Il réussit à convaincre le Palais de Tokyo de présenter, en 2012, l’une de ses découvertes, Zdenek Kosek, un artiste tchèque persuadé, entre autres, de déterminer les variations climatiques.

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