June 23, 2021

“Je disparais comme Greta Garbo”

Sa maison dans les bois est nichée au fond du domaine des Blancs-Bouleaux, sorte de communauté fermée (résidence sécurisée pour riches américains) à la française, située à une vingtaine de kilomètres au sud d’Orléans. À lui seul, le nom du lieu évoque une de ces chansons romantiques-surréalistes qu’il aurait pu écrire. Le bâtiment est plus imposant que charmant. Au rez-de-chaussée, les baies vitrées d’un grand séjour ouvrent sur un parc arboré. Parfois, des biches et des cerfs s’y attardent. « Il y a aussi des écureuils, mais ils sont moins faciles à distinguer », explique le maître de maison. Il y a quelque chose d’un peu triste et raide dans ce décor où le reflet du chanteur William Sheller semble fuir.

Aucune trace narcissique ne peut être trouvée dans les quarante-cinq ans de carrière d’un chanteur aux frontières poreuses du rock’n’roll, de la musique contemporaine et de la pop. D’ailleurs, dit-il, “Je déteste qu’on parle du chanteur William Sheller, je suis avant tout un compositeur”. Pas de disques d’or ou de platine encadrés sur les murs, affiches de concerts, Victoires de la Musique. Pas de cahier à spirale. Hachoir (avec ou sans essence). Rien, nada !

Dans l’œuvre, à plat sur un bureau, une partition d’Yves Margat, auteur d’un traité de composition et mentor de l’artiste lorsqu’à 15 ans, il se promet d’étudier la musique. Dessins de Druillet, un original de Cocteau et, à la bibliothèque, l’œuvre complète de Colette, correspondance de Francis Poulenc, une trentaine de volumes de « La Pléiade », vieux disques 33 tours à grosses pochettes cartonnées. Le piano ne sert qu’à donner le les puisque son propriétaire s’est juré de ne plus jouer, de ne plus faire entendre sa voix.

« Homo-romantisme »

C’était à l’hiver 2016, après avoir reçu une Victoire d’Honneur. Gonflé de cortisone, fatigué par des problèmes cardiaques, il décide de raccrocher. Il pèse 100kg. Son cœur rebondit dans sa poitrine comme une balle de ping-pong. ” Boom boom “, il a dit. Son médecin lui a ordonné de quitter les lieux. Encore quelques concerts. Un certain malaise et sa décision est prise : « Je suis comme Greta Garbo, pfft, fini, fini… » L’actrice suédoise s’est retirée de la vie publique de 1941 jusqu’à sa mort en 1990.

Il a recommencé à fumer, mais a arrêté de fumer. Il se permet de temps en temps un verre de martini-tonic. Et tant pis si l’apéro tombe à 16h, comme ce jour-là. Le public ne lui manque pas. « Je ne suis pas son esclave, il s’énerve un peu. Bien sûr que j’ai aimé ça, mais les gens ont les records. “ Il n’écoute guère la jeune génération de la chanson française, même celles qui prétendent être lui. « J’en ai influencé quelques-uns mais cela ne veut pas dire que je leur ai donné du talent. “ Il compose aujourd’hui un Stabat Mater.

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