June 25, 2021

Prénom des gens : Maman, le pouvoir magique

On appelle nos proches par leur prénom, à l’exception de certains proches, désignés par un titre, une place dans la toile des liens d’alliance et de filiation : Tante, Oncle, Grand-mère, Papa. Ça nous paraît drôle que le frère de Louis XIV s’appelle “Monsieur”, juste “Monsieur”, mais pas que maman, c’est juste maman. Oh… on a presque partout cessé de parler d’elle et de l’appeler « Mère », mais la familiarité, quasi universelle, n’a pas été associée à l’utilisation du prénom. Loin de là.

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Pourtant certains avaient tenté, il y a une soixantaine d’années, dans une volonté de réforme radicale des modes de vie, d’éliminer ce signe de rapports de force que sont les noms de statut. Dans la vie communautaire de rêve, chacun sera appelé par son prénom. Cette utopie a fait long feu. Et peut-être que Michelle, qui voulait tant être Michelle, est maintenant “Mamie”. La tentative a échoué.

Tout d’abord parce qu’être appelé, en tant que parent, par son prénom, est aujourd’hui mal vécu. Les forums en ligne regorgent de questions inquiètes : « Mon fils m’appelle par mon prénom, que faire ? Je suis vraiment déçu… Tout le monde autour de moi rit, mais je suis désespéré. “ Et des réponses compatissantes, cette idée révolte tellement.

Proximité et douceur

Et ce n’est pas tout : pour le dire de manière caricaturale, le monde de la psychologie recommande de ne pas appeler les parents par leur prénom. Françoise Dolto a même écrit que c’était « Dangereux pour la structure psychique de l’enfant ». Le conseil que vous trouvez en ligne est radical : s’il vous appelle par votre prénom, « Ignorez-le, ne lui répondez pas ». Peut-être que le silence et l’ignorance solidifient la structure psychique.

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Donc, somme toute, Maman aurait ce pouvoir magique de signifier à la fois la filiation biologique, les différences de statut et de pouvoir, mais aussi la proximité, la chaleur et la douceur… Maman, comme le répètent les poèmes du festival. les mères, alors c’est vraiment « Le plus beau nom du monde ».

Baptiste Coulmont is professor of sociology at the Ecole normale supérieure Paris-Saclay, author of “Sociologie des prénoms” (La Découverte, 2014, 130 p., 10 €) and, with Pierre Mercklé, of “Why top-models do not smile . Sociological chronicles ”(Presses des Mines, 2020, 184 p., € 29).

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