Les nouveaux visages de la lutte pour le climat en Afrique

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Du Sénégal à l’Afrique du Sud en passant par le Nigeria, la République démocratique du Congo et le Kenya, Le Monde Afrique a recontré cinq militants qui se mobilisent localement, sur le terrain, au sein de mouvements ancrés sur le continent. Portraits.

Ayakha Melithafa, Afrique du Sud

En quête d’un « pacte social »

Ayakha Melithafa, à Davos (Suisse), le 20 janvier 2020.

A 19 ans, Ayakha Melithafa est le pendant sud-africain de Greta Thunberg. En septembre 2019, aux côtés de la militante suédoise, elle fait partie des seize jeunes qui déposent une plainte auprès du Comité des droits de l’enfant des Nations unies pour inaction climatique contre cinq Etats (France, Allemagne, Brésil, Argentine, Turquie).

Ayakha, pourtant, n’a pas suivi l’appel à faire l’école buissonnière de Greta. « Ce n’est pas éthique », explique-t-elle alors au New York Times, d’inciter des enfants à rater l’école quand leurs parents se saignent pour payer des frais de scolarité.

Dans ce combat, la Sud-Africaine veut être la voix des gens de peu, des gens de couleur, des petits paysans. Ceux qui sont les premiers affectés par le dérèglement du climat mais qu’on n’entend jamais.

La jeune femme prend conscience du problème en 2017, alors que la menace d’une pénurie d’eau au Cap, où elle vit, fait la « une » des journaux du monde entier. Un an plus tard, sa mère, qui possède une petite ferme dans la province du Cap-Oriental, se débat avec la sécheresse pendant que les fermiers blancs installés à quelques encablures creusent des forages sur leurs grandes exploitations.

En décembre 2020, elle est devenue la plus jeune membre de la commission présidentielle sur le climat destinée à bâtir un « pacte social » autour d’une « transition climatique juste » en Afrique du Sud, 12émetteur de gaz à effet de serre au monde, dont l’énergie dépend à plus de 80 % du charbon.

Irène Wabiwa Betoko, République démocratique du Congo

L’avocate de « mère nature »

L’avocate et militante congolaise Irène Wabiwa Betoko.

Dans certains villages de la République démocratique du Congo, en lisière des forêts, grandissent des petites « Irène ». Elles ont été prénommées ainsi en l’honneur de « Mama Irène », du temps où elle défendait les habitants menacés de famine par la déforestation. A l’époque, Irène Wabiwa Betoko est l’une des seules à arpenter ces communautés reculées qui « voient des étrangers couper leurs forêts ». On n’a guère l’habitude d’y voir les femmes prendre la parole. Pour beaucoup, « Mama Irène » devient un espoir. « Ma plus grande fierté », dit Irène Wabiwa Betoko.

En 2008, l’avocate a participé à la création du Codelt, l’une des premières associations congolaises de défense des droits des communautés affectées par l’exploitation forestière. Elle donne une voix aux villages rarement consultés par les industriels, au mépris de la loi. Au mieux, certains proposent « dix sacs de sel, un vélo et un carton de savon », déplore-t-elle, en lieu et place d’infrastructures adaptées.

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Depuis, son combat a évolué de la défense de la loi à celle de « la nature en tant que mère ». En 2010, elle rejoint Greenpeace, où elle mène la lutte contre la déforestation du bassin du Congo, deuxième poumon de la planète après l’Amazonie, dont les tourbières renfermeraient à elles seules 30 milliards de tonnes de CO2. Les coupes s’accélèrent sous l’effet des politiques de développement, notamment. L’exploitation forestière, l’agriculture, l’industrie minière et désormais l’industrie pétrolière menacent ces près de 300 millions d’hectares de forêt tropicale à cheval sur six pays.

Elizabeth Wathuti, Kenya

Dans les pas de Wangari Maathai

Elizabeth Wathuti, lors de la conférence Youth4Climate qui a précédé la COP26, à Milan, le 28 septembre.

On peut avoir 26 ans, être un nouveau visage de l’activisme environnemental en Afrique et se revendiquer d’abord de ses aînées. Tel est le cas de la Kényane Elizabeth Wathuti, 26 ans. La jeune femme a toujours clamé s’inspirer de la biologiste et vétérinaire Wangari Maathai (1940-2011), Prix Nobel de la paix 2004 pour sa contribution en faveur du développement durable et de la démocratie, et vouloir perpétuer l’œuvre de cette fondatrice du Mouvement de la ceinture verte, qui a incité des milliers de femmes à planter des arbres au Kenya depuis la fin des années 1970.

Elizabeth Wathuti a grandi dans le comté de Nyeri (centre), la région la plus boisée du pays. Un lieu qui a nourri sa « connexion avec la nature », comme elle le souligne volontiers, rappelant qu’elle a planté son premier arbre à 7 ans. Dans ce pays très abîmé par la déforestation, elle a créé en 2016 la Green Generation Initiative. Objectif : verdir les écoles et dispenser une éducation environnementale aux enfants pour faire émerger les militants de demain. Avec une quarantaine de volontaires, son organisation se félicite d’avoir déjà planté plus de 30 000 arbres.

Lauréate de divers prix, Elizabeth Wathuti est désormais une invitée régulière des raouts internationaux sur le climat. A la pré-COP de Milan, début octobre, son portrait était affiché en grand dans le hall de conférence, accompagné d’une citation en forme de manifeste : « J’ai grandi en sachant que j’avais besoin de la nature pour ma survie, ma santé et mon bien-être. »

Djiby Niang, Sénégal

L’agroécologie pour reverdir Dakar

Djiby Niang, directeur de la branche sénégalaise de l’association Jeunes volontaires pour l’environnement.

Pour le Sénégalais Djiby Niang, tout a commencé lorsqu’il a fallu déménager à Dakar pour ses études. « Je suis passé de la nature de la Casamance, où j’ai grandi, à une grande ville où domine le béton. J’ai décidé de participer à reverdir la capitale », explique le militant de 34 ans, qui a pris, en 2013, la tête de la branche sénégalaise de l’association Jeunes volontaires pour l’environnement.

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Créé au Togo, ce mouvement accompagne les jeunes pour qu’ils s’approprient les enjeux du changement climatique. Au Sénégal, « face à la déforestation, nous avons mené des actions de reboisement et d’agroécologie », explique Djiby Niang. Un autre terrain d’action est la gestion des déchets. L’association s’est battue pour que soit votée en 2020 une loi contre le plastique, et se mobilise aujourd’hui contre l’urbanisation côtière galopante.

Le militant estime que la COP26 est un moment décisif « où les décisions prises doivent impliquer tous les pays, du Nord comme du Sud ». Il insiste aussi sur la nécessité d’inclure les jeunes dans les négociations, eux qui seront les premières victimes du changement climatique. Il constate d’ailleurs que leur engagement va croissant depuis dix ans, avec la multiplication d’associations pour la défense de l’environnement. « Nous serons les décideurs de demain qui auront à régler ces problèmes, c’est maintenant qu’il faut prendre les devants », revendique-t-il.

Adenike Oladosu, Nigeria

Une bataille écoféministe

Adenike Oladosu, fondatrice de la campagne écoféministe I Lead Climate.

Une certitude structure l’action d’Adenike Oladosu : il ne peut y avoir d’écologie sans féminisme puisque les femmes sont, selon elle, presque toujours les premières victimes du dérèglement climatique. Cette Nigériane de 27 ans rappelle que la désertification et la disparition des ressources naturelles génèrent inévitablement instabilité et violence. Avec des conséquences intimes sur la vie des plus vulnérables, comme ces femmes du Sahel forcées de marcher des kilomètres pour trouver de l’eau.

Adenike Oladosu a fondé la campagne I Lead Climate pour porter la voix des jeunes Africains auprès des instances internationales. La « militante pour la justice climatique » plaide notamment pour la restauration des ressources du lac Tchad, dont la superficie aurait diminué de 90 % depuis les années 1960. Quelque 30 millions de personnes vivent dans le bassin de ce lac Tchad, et on estime à 2,4 millions le nombre d’habitants qui ont déjà été forcés de quitter leurs terres et leurs foyers. C’est aussi dans cette région en proie aux violences des groupes djihadistes que 276 lycéennes ont été capturées en 2014 à Chibok, dans le nord-est du Nigeria, par le groupe Boko Haram. « Je vois cela comme une conséquence de la crise climatique à laquelle fait face le Nigeria. C’est ce dérèglement qui crée les conditions de telles horreurs », considère Adenike Oladosu, en se revendiquant fièrement comme la « première écoféministe d’Afrique ».

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