June 21, 2021

En Bretagne, le journalisme sous tension

C’est peu dire que les derniers mois ont été épuisants. Jamais, avant l’automne 2020 et la décision de se lancer Splann !, chacun des fondateurs de cette ONG d’enquêtes journalistiques en Bretagne n’avait pas eu à s’aventurer en autant de territoires inconnus : déposer les statuts d’une association à but non lucratif, gérer 61 272 euros de dons (au mercredi 9 juin), nouer des partenariats avec autres médias, communiquez autour de ce projet de « Le journalisme pour la transformation sociale ». C’est bien d’avoir la foi et à moins de 30 ans, le repos fait parfois défaut…

Mais en quelques jours, les premiers fruits du travail que Sylvain Ernault, Juliette Cabaço Roger, Gwenvaël Delanoë, Kristen Falc’hon et Faustine Sternberg coordonné par le comité de rédaction de Splann ! (« Clair », en breton) qu’ils composent apparaîtra enfin au grand jour. Signé par Caroline Trouillet (lauréate, en 2018, du prix du reportage du XXI et France Info), cette enquête révélant « Une pollution de l’air négligée, qui prend son origine en Bretagne, mais touche d’autres régions » apparaîtra sur les sites Internet de l’ONG et Mediapart. Les antennes des radios Breizh (Radio Kerne, Arvorig FM, Radio Kreiz Breizh…) et France 3 Bretagne en feront également écho. Ensuite, qui voudra abordera le sujet comme bon lui semble, puisqu’à Splann !, l’information est considérée comme un bien public.

Avant d’y arriver, c’était un autre type de fatigue qui s’était emparé des jeunes à l’origine de ce nouveau média, pour la plupart titulaires d’un diplôme universitaire de technologie (DUT) journalisme obtenu à l’IUT de Lannion (Côtes-d’Armor) . A l’issue du premier confinement, le 8 mai 2020, la lecture d’une tribune de soutien à la journaliste Inès Léraud, publiée par Libérer, provoque chez ces bouillonnants Bretons d’origine ou d’adoption une forme d’accablement et de révolte. Cela ne peut pas continuer.

“Un tournant”

Ils ne peuvent plus tolérer que le directeur du « Journal Breton », pour France Culture, et co-auteur, avec Pierre Van Hove, de l’enquête bande dessinée. Algues vertes : l’histoire interdite (La Revue Drawn, Delcourt, 2019), soit intimidées, assaillies de menaces de procès, empêchées d’assister à un salon du livre local car ses enquêtes perturbent l’ultra-puissante industrie agroalimentaire bretonne. « Avec le comité de soutien à Inès Léraud, nous avions besoin d’une initiative des journalistes », explique Sylvain Ernault, présentateur de journaux dans une station de radio dont il tait le nom pour que son employeur ne puisse pas lui en vouloir.

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