June 23, 2021

L’Italie nationalise les autoroutes contrôlées par la famille Benetton

Le compromis a mis du temps à émerger, mais l’affaire est maintenant conclue. Lundi 31 mai, près de trois ans après l’effondrement du pont Morandi à Gênes, qui a fait 43 morts et traumatisé toute l’Italie, l’assemblée générale des actionnaires de la holding Atlantia, contrôlée par la famille Benetton et dont la gestion semble être à à l’origine du drame, a voté en faveur de la cession de sa participation de 88 % dans le concessionnaire autoroutier Autostrade per l’Italia (ASPI), pour un prix de 7,9 milliards d’euros.

Privatisé en 1999, ce groupe autoroutier gérant au total plus de 3 000 kilomètres d’autoroutes, du nord au sud du pays, revient donc dans le giron de l’Etat italien : l’acquéreur est un groupement composé de la Caisse des Dépôts (pour 51 %) et deux fonds d’investissement, BlackRock et Marcquairie (24,5% chacun).

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La famille Benetton perd donc le contrôle de cet actif extrêmement rentable (l’année précédant le drame de Gênes, ASPI avait déclaré un bénéfice de 968 millions d’euros pour environ 4 milliards d’euros de chiffre d’affaires). En échange, elle reçoit une somme de 2,4 milliards d’euros (les Benetton détiennent 30 % de la holding Atlantia). Dans le même temps, il conjure la menace d’une révocation pure et simple de sa concession, agitée par le gouvernement italien depuis le lendemain du drame.

Négociations houleuses

Les grandes lignes de l’accord ont été définies en juillet 2020, mais les négociations sur la valorisation de l’ensemble ont été longues et houleuses. C’est parce que le débat était au moins autant politique que financier : comment l’État italien pourrait-il verser de l’argent à Atlantia alors que sa gestion défaillante de la manutention du pont – le groupe aurait lésiné sur l’entretien afin d’améliorer ses marges – semble , selon un faisceau de preuves accablant, à l’origine de ce drame sans précédent, qui a coûté la vie à 43 personnes ?

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Au lendemain de la catastrophe, le Mouvement 5 étoiles (anti-système) et plusieurs autres dirigeants politiques avaient appelé à une révocation pure et simple de la concession, et fait de l’expropriation des Benetton une question de principe. Mais la procédure, rendue très difficile par les termes du contrat de concession, risquait de donner lieu à une série d’actions de la part des actionnaires minoritaires, le tout pour un résultat très incertain.

“Nous sommes très amers” Egle Possetti, porte-parole de l’association des victimes du 14 août 2018

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