June 23, 2021

Le site historique de sanitaires céramiques Jacob Delafon repris par la PME française Kramer

Un repreneur français pour l’emblématique usine de céramique sanitaire Jacob Delafon installée depuis 1889 à Damparis, dans le Jura. Personne n’aurait parié sur ce dénouement il y a neuf mois, quand, en septembre 2020, le groupe américain Kohler, propriétaire du site depuis 1986, annonçait son intention de se séparer. Pour justifier sa décision, il a avancé une « Surcapacité chronique » du site, et des coûts de production nettement supérieurs à ceux de son usine de Tanger au Maroc.

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Au terme de plusieurs rebondissements ces derniers mois, le groupe Kramer, 112 salariés (30 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2019), fondé dans la Meuse en 1981, a annoncé vendredi 4 juin dans un communiqué qu’il était « Le nouvel acquéreur » du site et y lancerait son activité à partir du 1est Juillet. L’entreprise est spécialisée dans la robinetterie sanitaire moyenne gamme, et notamment les MDD en vente dans les chaînes de bricolage, et très haut de gamme (Horus). « A travers la société Horus, qui propose déjà une gamme de céramiques dans sa collection Classic (vasques, baignoires, toilettes, etc.), le groupe développera une dizaine de nouveaux modèles qui viendront enrichir son catalogue d’ici 2022 » Kramer l’indique dans son communiqué, mettant en avant le “Made in France”.

Le président du groupe, Manuel Rodriguez, avait expliqué ses motivations au Monde lors de sa première demande de rachat, en février. ” C’est le dernier site capable de produire du sanitaire en grès et porcelaine en France, et sa fermeture signerait la disparition définitive de ce savoir-faire dans notre pays, déclara-t-il alors. J’avais un réflexe entrepreneurial et industriel. A l’heure où l’on parle de “Fabriqué en France” et pour réindustrialiser la France, les planètes me semblaient bien alignées. “

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Il a ensuite retiré son offre suite à des désaccords avec le groupe Kohler. Pour terminer, “Avec l’aide de l’Etat et de la région”, il en a fait un nouveau en mars. Son originalité est que c’est la communauté d’agglomération de Grand Dole qui acquiert les terrains et bâtiments via une société d’économie mixte dont elle est actionnaire. Montant de l’opération : 1,350 million d’euros, dont 600 000 euros de subvention de la région. Un contrat de location-vente (ou leasing) a été établi avec Kramer, qui paiera un peu chaque année pour devenir propriétaire d’ici quinze ans.

Congé de reclassement

« C’est un processus intelligent, souligne Jean-Yves Hinterlang, commissaire à la restructuration et à la prévention des difficultés des entreprises de la région Bourgogne-Franche-Comté. Cela réduit les coûts pour l’acquéreur et lui permet de consacrer dans un premier temps son argent à d’autres priorités, comme l’achat de nouveaux équipements, le développement de nouveaux modèles ou la constitution d’une trésorerie. “ Kramer estime son investissement total à près de 5 millions d’euros. La PME espère également bénéficier de l’aide du plan de relance.

Cependant, le tableau n’est pas tout rose. Les mésententes initiales entre Kramer, l’acheteur, et Kohler, le vendeur, n’ont pas permis de conclure la vente avant la fin du plan de sauvegarde de l’emploi, signé le 3 mars, enregistrant le licenciement économique de 151 salariés. Les premiers touchés viennent de recevoir leur notification. Ils bénéficient d’un congé de reclassement qui leur permettra de bénéficier « Presque leur salaire depuis un an », indique Rodolphe Gomis, délégué CFE-CGC du site.

Kramer prévoit soixante-cinq embauches au cours de la première année, le temps du développement des modèles, du dessin à la fabrication des moules.

Cependant, le projet du groupe Kramer prévoit « Un programme de recrutement échelonné dans lequel les anciens salariés du site auront la priorité ». Une vingtaine de salariés licenciés, et notamment ceux disposant des savoir-faire les plus spécifiques, indispensables pour relancer la production de nouveaux modèles de sanitaires en céramique, pourraient être rapidement réembauchés sur le site. Kramer s’engage à informer l’unité de reclassement de toute vacance à pourvoir. Il prévoit soixante-cinq embauches au cours de la première année. Le temps du développement du modèle, du dessin à la fabrication du moule. Et vise à trouver un total de 150 salariés d’ici 2026, « Renouer avec la main-d’œuvre du site d’origine ».

Les salariés, déchirés ces derniers mois sur les stratégies à suivre, ont été informés de la reprise le jeudi 3 juin. » Il y avait un peu de tous les sentiments. Certains étaient ravis de voir qu’ils allaient pouvoir continuer ce métier qui les passionne, d’autres ne reviendront pas », constate Isabelle Baudin, déléguée CGT, qui le voit, elle, ” bonnes nouvelles “. « Nous aurions préféré ne pas être licenciés ! lance Rodolphe Gomis. Se retrouver inactif pendant plusieurs mois ne va pas être facile. ” Mais il y a de l’optimisme et du soulagement dans sa voix : « Enfin, nous avons notre chance de recommencer ! » “

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