June 23, 2021

grâce à la birésidence, le meilleur des deux mondes

Dans le Nuits de pleine lune (1984), la jeune Louise, qui veut garder à la fois son amant à Marne-la-Vallée et sa vie nocturne à Paris, décide de vivre un peu d’un côté et un peu de l’autre, et finit par tout perdre. Le film d’Eric Rohmer se voulait une illustration d’un dicton inventé par le réalisateur : « Celui qui a deux maisons perd la raison. »

Christian Jennewein et sa compagne ont opté pour la birésidence.  A gauche : sur le balcon de leur appartement en location à Pantin, en région parisienne.  A droite : dans le jardin de leur maison à Mailly-le-Château dans l'Yonne.

Il semble que le vent ait tourné. C’est justement pour garder la raison que certains décident aujourd’hui de vivre dans deux maisons. Débordés par une année de pandémie mondiale, de nombreux citadins rêvaient de s’évader. Certains des chanceux ont réussi à le faire. Dès l’annonce, le 16 mars 2020, du premier confinement, un million de Parisiens ont quitté la région capitale pour s’installer à la campagne. Mais beaucoup de ces candidats au départ, qui ont pris goût à l’ubiquité, ne peuvent ou ne veulent plus couper les ponts avec la vie citadine, et s’installent dans une routine, un pied dans la ville et un pied dans le vert, dans un environnement moins et moins de résidence secondaire. Ils sont dits « bi-résidentiels ».

Champions du monde

« Beaucoup d’anciens collègues de mon mari ont, une fois à la retraite, vendu leur logement parisien pour aller vivre dans le Sud où ils s’ennuient. Pas nous ! », affirme Sabine (nom d’emprunt), 68 ans, aujourd’hui avocate à la retraite. Avec son mari, 73 ans, ancien expert-comptable, elles sont propriétaires, depuis une trentaine d’années, d’une maison de vacances près de Quimper, en bord de mer. « C’est lors du deuxième confinement en octobre 2020 que nous avons fait la bascule entre primaire et secondaire, vingt jours par mois en Bretagne, dix jours à Paris dans notre appartement… du quartier Montparnasse, comme de bons Bretons ».

Leur maison parisienne est passée de 95 à 75 mètres carrés, largement suffisant pour deux. « Nous avons donc passé notre premier hiver à la campagne. Hormis le jardinage, nos activités ne sont pas très différentes d’avant. “ Les deux voitures sont immatriculées dans le Finistère – histoire d’échapper à la colère que quelques rares Bretons déversent parfois sur les voitures des Parisiens – et le courrier y est acheminé, mais Sabine et son mari ne veulent pas couper les ponts avec la capitale. où ils ont leurs enfants et petits-enfants, des activités associatives, des habitudes culturelles, du cinéma, du théâtre, des expositions et des amis. « En Bretagne, on voit peu de Bretons, plutôt d’anciens Parisiens comme nous », avoue Sabine, qui se réjouit de l’ouverture prochaine d’un cinéma dans sa ville, à quelques minutes de chez elle, raison de plus pour s’enraciner.

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