June 23, 2021

Comment Macron « coûte que coûte » a neutralisé l’opposition politique

“Il n’y a pas d’argent magique”, assurait Emmanuel Macron en avril 2018 à une infirmière du CHU de Rouen qui demandait des fonds pour l’hôpital. Trois ans plus tard, non seulement ce « Argent magique » est devenu réalité avec « coûte que coûte », irriguant des pans entiers d’une économie malmenée par la crise sanitaire. Mais il a produit un autre effet inattendu sur le paysage politique : il a neutralisé le débat, laissant des oppositions sourdes sur la politique économique.

En fait, pas une seule voix, ou presque, ne s’est élevée pour remettre en cause les milliards dépensés depuis près d’un an et demi – ni à droite ni à gauche, pas plus du côté des syndicats ou du patronat. Alors que certains économistes se sont interrogés sur la nature des mesures d’urgence, leur ciblage, l’ampleur des sommes engagées – au total, plus de 170 milliards d’euros y compris le budget rectificatif qui arrivera à l’Assemblée mi-décembre. Juin -, les politiques sont restées, dans l’ensemble, silencieuses.

Dans le même temps, l’expression « coûte que coûte » s’est imposée – elle a été reprise dans les médias en moyenne plus de 1 000 fois par mois depuis qu’elle a été prononcée par le chef. état en mars 2020, selon l’agence Kantar.

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“La gauche est énervée, admet la politologue Chloé Morin, spécialiste de l’opinion et conseillère à Matignon sous François Hollande. C’est la politique qu’elle aurait suivie si elle avait été en mesure de le faire. “ Même gêne à droite, plus traditionnellement prompte à critiquer les excès de dépenses publiques. A l’approche des élections régionales, les têtes de liste Les Républicains (LR) n’osent pas attaquer l’exécutif sur le terrain économique. « On ne pouvait pas faire autrement », concède aujourd’hui l’ancien ministre Eric Woerth, président (LR) de la commission des finances de l’Assemblée nationale.

Outil politique

Même le Rassemblement national, qui avait développé un volet social dans son programme économique en 2017, semble incapable d’articuler une critique, préférant se concentrer sur la question de la dette. Seul Laurent Wauquiez, président (LR) de la région Auvergne-Rhône-Alpes, voit dans « coûte que coûte » une “Erreur profonde”. « Chaque euro est sacré et doit être pesé », a-t-il rappelé au JDD et mars. « Il fallait mettre de l’argent, oui. Mais le gaspiller n’est pas la même chose. (…) Quand, au sommet de l’état, on dit « c’est open fund », les résultats ne peuvent être que catastrophiques. “

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