June 22, 2021

“Ne confions pas à Facebook le pouvoir de rendre la justice”

Par cette ironie que l’histoire aime à manier, c’est une « cour suprême » qui a finalement eu raison de la carrière de Donald Trump sur Facebook et Instagram. Mais ce n’est pas une cour suprême comme les autres qui, début mai 2021, a décidé de bannir définitivement de “l’agora du monde” l’ancien président américain, après la suspension de ses comptes, au lendemain de l’invasion. du Capitole par ses partisans le 6 janvier.

Ce tribunal n’a pas été créé par un État pour garantir la constitutionnalité de ses lois et les libertés fondamentales de ses citoyens. C’est le fruit de l’imagination de Mark Zuckerberg lui-même, PDG de Facebook aux airs d'”imperator”, soucieux de temporiser face à des régulateurs de plus en plus déterminés, aux Etats-Unis comme ailleurs, à restreindre l’ensemble. -puissance devenue écrasante des géants technologiques américains.

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Depuis des années, le fondateur de Facebook tente à tout prix d’échapper à la réglementation, notamment sur l’épineuse question de la modération des contenus haineux et trompeurs en ligne, en affirmant sa capacité à s’autoréguler.

En effet, son groupe n’a pas lésiné sur les investissements (objectivement colossaux) pour supprimer automatiquement les milliards de faux comptes et contenus interdits détectés sur ses plateformes de réseaux sociaux, et emploie quelque 15 000 modérateurs pour tenter de séparer (tâche terrifiante !) le blé des la paille.

Droits fondamentaux des citoyens

Mais est-il sage de laisser ainsi à un géant de la tech le soin de prendre des décisions qui touchent si intimement aux droits fondamentaux des citoyens, et à ce subtil équilibre entre liberté d’expression et droits de l’homme sans cesse recherchés ? leur fondation, les États démocratiques ? A fortiori, quand on connaît le conflit d’intérêt majeur qui la freine dans son action de régulation ?

Car n’oublions jamais que Facebook (comme Google, YouTube ou Twitter) ne vit que de la publicité qu’il vend. Et que c’est en mettant en avant, par le jeu des algorithmes, les contenus les plus excessifs, ceux-là mêmes qui polarisent et génèrent le plus « d’engagement », qu’il engrange un maximum de revenus publicitaires… Son premier ne serait-il pas une responsabilité de corriger un tel modèle économique, pour en limiter les effets ? La racine de l’excès est au cœur des algorithmes.

C’est en réponse à de telles critiques que Zuckerberg a mis en place, il y a un an, un « Conseil de surveillance » (« Conseil de surveillance »), pour statuer en dernier ressort sur les décisions du groupe relatives à la modération interne de son contenu. Dans cet organe volontiers présenté comme une « cour suprême », siègent aujourd’hui vingt membres, éminents professeurs de droit, journalistes, hommes politiques, militants, représentant seize pays, pour un mandat de trois ans.

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