« L’accord de paix colombien peut être un exemple pour le monde entier »

Le 24 novembre 2016, le gouvernement de Juan Manuel Santos (2010-2018) et la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) signaient un accord de paix historique, mettant fin à cinquante-deux ans de conflit armé. Moins de deux ans plus tard, Ivan Duque, représentant de la droite conservatrice farouchement opposée à l’accord, succédait à M. Santos à la présidence.

Juan Manuel Santos, qui a reçu le prix Nobel de la paix en décembre 2016, et Rodrigo Londoño, l’ancien commandant en chef des FARC et actuel président de la formation politique qui en est issue, le Parti des communs, ont participé, mardi 9 novembre, à une conférence organisée par le Centre de recherches internationales de Sciences Po dans le cadre du Forum de Paris sur la paix. Lors d’un entretien avec Le Monde, les deux hommes ont fait un bilan en demi-teinte des cinq ans d’application de l’accord de paix.

Quelles sont les principales difficultés rencontrées dans l’application du texte ?

Rodrigo Londoño : On s’attendait à ce que les choses avancent beaucoup plus. Hélas, le premier président à qui a échu la responsabilité d’appliquer l’accord, Ivan Duque, est issu d’un parti [le Centre démocratique de l’ex-président Alvaro Uribe] qui avait appelé à détruire l’accord, et qui n’a eu d’autre but que d’empêcher la Colombie de construire la paix. Le principal obstacle est donc le manque de volonté politique du gouvernement actuel. Le point le plus négatif de ces cinq ans est l’assassinat de leaders sociaux et de signataires de l’accord [depuis 2016, 290 ex-combattants des FARC ont été assassinés, dont 41 en 2021].

Lire aussi Article réservé à nos abonnés « On dormait mal. Depuis la semaine dernière, on ne dort plus » : en Colombie, la paix n’a pas fait cesser les massacres

Par chance, l’accord est gravé dans le marbre : il a été inscrit dans la Constitution. De plus, il fait l’objet d’une vérification par le Conseil de sécurité de l’ONU. Il a modifié l’ambiance et la dynamique politique du pays, permettant que l’on parle de sujets qui n’avaient jamais été l’objet de débats auparavant : les inégalités sociales, la misère dans les zones rurales… Et il a encouragé la participation citoyenne.

Juan Manuel Santos : Pour moi, c’est un bilan aigre-doux, mais positif en termes généraux. D’abord, l’immense majorité des plus de 13 000 combattants des FARC sont entrés dans le processus de paix. Il faut aussi souligner le nombre de vies qui ont été sauvées. Les accords de paix ont redonné aux Colombiens un respect pour la vie, un sens de la compassion, qu’ils avaient perdus. Le gouvernement actuel et le président Duque ont certes tenté, sans succès, de faire dérailler les négociations et de faire capoter l’accord. Mais dernièrement, ils déclarent à qui veut les entendre qu’ils le respectent.

Il vous reste 68.22% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

We would love to say thanks to the writer of this post for this incredible web content

« L’accord de paix colombien peut être un exemple pour le monde entier »

Decode The News Podcast