La loi pour demander « pardon » aux harkis indigne les harkis et leurs enfants

« La guerre [d’Algérie] est finie, a lancé avec solennité dans l’Hémicycle le député de Seine-Saint-Denis Alexis Corbière (La France insoumise, LFI). Il faut réparer les saignements de l’histoire et éviter de rouvrir les cicatrices. » Au cours de six heures de débats, jeudi 18 novembre, certains parlementaires n’ont pourtant pas oublié d’énumérer « les horreurs » de ce conflit (1954-1962) en ciblant les « bouchers du FLN ». D’autres ont profité des échanges pour saluer la mémoire de leurs parents pieds-noirs. Puis, tous – et c’était l’ordre du jour – ont rendu hommage à leurs « amis » harkis, ces combattants engagés dans l’armée française, abandonnés avec leurs familles par l’Etat au lendemain de la fin de la guerre et qui ont été enfermés des années dans des camps, des prisons ou des hameaux de forestage à leur arrivée en France.

Près de soixante ans plus tard, l’Assemblée nationale s’est penchée sur un projet de loi « portant reconnaissance de la Nation et réparation des préjudices subis par les harkis ». Ce texte est censé soutenir la demande de « pardon » formulée par Emmanuel Macron, le 20 septembre à l’Elysée, qui avait alors tant surpris ces anciens soldats et leurs descendants. Pour ne plus négliger cette « tragédie d’une fidélité bafouée », et pour payer la « dette » que la République a contractée, le président avait promis un projet de loi de reconnaissance et de réparation.

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Mais, pour bien des harkis, cette loi qui se veut historique, votée en première lecture par une Assemblée quasi vide – moins d’une cinquantaine de députés présents –, n’est pas à la hauteur. « Nous sommes passés du pardon au mépris », s’insurge ainsi la journaliste Dalila Kerchouche, autrice de Mon père, ce harki (Seuil, 2003), qui dénonce une loi « indigne ».

« C’est une trahison pour nous »

Pour comprendre ce qu’il s’est joué au Parlement, il faut revenir quelques mois en arrière. Le 20 janvier, Benjamin Stora remet au chef de l’Etat son rapport portant sur « la colonisation et la guerre d’Algérie ». L’historien propose de « voir avec les autorités algériennes la possibilité de faciliter le déplacement des harkis et de leurs enfants entre la France et l’Algérie ». Une suggestion qui suscite l’incompréhension – car c’est déjà le cas en pratique – et pousse les harkis à se demander si le président ne chercherait pas à mettre sous le tapis mémoriel leur souffrance pour ne pas gêner la réconciliation avec le régime algérien.

Pour répondre à ces interrogations, M. Macron rencontre, le 10 mai, à l’Elysée quatre personnalités qui portent cette mémoire dans leur chair : Dalila Kerchouche, Mohand Hamoumou, fils de harkis, ancien membre du conseil scientifique du Mémorial de Rivesaltes, Claire Tassadit-Houd, fille de harkis et proche du président, et Serge Carel. Le témoignage de cet engagé de 84 ans « a touché le cœur du président », se rappelle Mme Kerchouche, et a fini de le convaincre qu’il fallait un texte législatif pour reconnaître leurs sacrifices et les réparer « autant que faire se peut », rappelle l’Elysée. A la demande du chef de l’Etat, ces quatre personnes ont accepté de raconter leur histoire lors de la cérémonie d’hommage aux harkis, le 20 septembre, avant la prise de parole présidentielle.

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