Un an après l’assaut du Capitole, retour sur le jour où la démocratie américaine a vacillé

Les enfants de Donald Trump ne sont pas connus pour leurs crises de conscience. Pourtant, en ce 6 janvier 2021, ils sont effarés. Comme le sont des dizaines d’élus républicains. Ou encore les plus grandes vedettes de la chaîne conservatrice Fox News. Leur engagement partisan atteint ses limites, en ce jour où la démocratie américaine vacille. Sur tous les écrans, les mêmes images. Des milliers de personnes se lancent à l’assaut du Capitole, pour empêcher la certification de l’élection présidentielle. Deux mois plus tôt, Joe Biden a gagné dans les urnes. Mais le président sortant refuse de reconnaître le résultat, reclus dans la tour de ses propres mensonges sur des fraudes imaginaires.

L’après-midi débute. Donald Trump est assis dans sa salle à manger privée, à la Maison Blanche. Néron regarde Rome brûler à la télévision. Par deux fois au moins, la fille du président, Ivanka, essaie de le ramener à la raison, selon Liz Cheney, élue républicaine (Wyoming) et membre-phare de la commission d’enquête sur le 6 janvier 2021, à la Chambre des représentants. Pendant ce temps, le téléphone portable du chef de cabinet de Trump, Mark Meadows, sature. « Il doit condamner cette merde ASAP [aussi vite que possible] », lui écrit l’un des fils du président, Donald Jr. Trois vedettes de la chaîne Fox News y vont aussi de leur alerte. « Mark, le président doit dire à ces gens au Capitole de rentrer chez eux, l’interpelle Laura Ingraham, la présentatrice du soir. Ça nous cause du tort à tous. Il détruit son héritage. » Des élus en panique, au Congrès, envoient des messages désespérés. « Nous sommes assiégés », pour l’un. « Nous sommes sans défense », pour un autre.

« Pas de violence », finit par recommander Donald Trump sur Twitter, avant de publier une vidéo, tard dans l’après-midi. Malgré les images inouïes de l’assaut, le président n’y esquisse aucune condamnation. « Rentrez chez vous. Nous vous aimons. Vous êtes vraiment exceptionnels. » Il a donc fallu attendre 187 minutes pour que Donald Trump réagisse. Un laps de temps pendant lequel le président des Etats-Unis a laissé, passivement, le siège du pouvoir législatif à la merci d’émeutiers. Un « abandon suprême du devoir », selon la formule de Liz Cheney. Mais cette passivité incontestable ne dit rien, en soi, de ce qui a précédé : la préméditation. Cette notion, fondamentale en droit pénal, se trouve au cœur des investigations en cours.

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Composée de sept démocrates et de deux républicains, la commission d’enquête à la Chambre est lancée dans une course contre la montre. Les élections de mi-mandat, en novembre, pourraient compromettre la mise au jour des faits, en cas de renversement de majorité. Les républicains veulent sceller à jamais cette marmite du 6 janvier 2021 où cuisent encore la rancœur, le déni, la lâcheté, les pulsions les plus viles. « Ne vous méprenez pas, écrivait Liz Cheney le 9 décembre 2021, sur Twitter. Le président Trump essaie de cacher ce qu’il s’est passé le 6 janvier, de retarder et faire de l’obstruction. Nous ne laisserons pas cela arriver. La vérité émergera. »

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