« Si l’Ukraine devient une plate-forme pour des forces hostiles, la Russie verra là une menace existentielle »

Fiodor Loukianov est spécialiste des relations internationales, universitaire et rédacteur en chef de la revue Russia in Global Affairs. Il est l’une des voix les plus écoutées en Russie et à l’étranger, où on le considère comme un relais ou un exégète des positions du pouvoir russe. Il a récemment publié un article remarqué explicitant les attentes de Moscou avant le sommet du 7 décembre entre le président russe Vladimir Poutine et son homologue américain Joe Biden.

La situation actuelle en Europe est-elle plus grave qu’au printemps, lorsque l’annonce d’une rencontre entre Joe Biden et Vladimir Poutine avait suffi à calmer les tensions ?

Nous sommes à un moment charnière, celui où la Russie estime que toute l’architecture de sécurité en Europe, tous les arrangements pris il y a trente ans, ne sont plus acceptables. L’idée que les Etats puissent choisir leurs alliances avait été admise par Mikhaïl Gorbatchev, mais les élargissements successifs de l’OTAN n’ont jamais satisfait la Russie.

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Un premier signal a été envoyé en 2008, avec la guerre en Géorgie. Mais comme le président géorgien [Mikhaïl Saakachvili] était un personnage particulier et que la situation a été résolue rapidement, il n’y a pas eu de réelle remise en question. Aujourd’hui nous sommes arrivés au point où la Russie dit deux choses : qu’elle n’accepte plus le principe des élargissements et que l’Ukraine est une ligne rouge.

L’élargissement de l’OTAN à la Géorgie et à l’Ukraine n’a jamais été envisagé sérieusement. Pourquoi la Russie ne se satisfait-elle plus du statu quo et demande des garanties écrites ?

C’est ce que les Occidentaux, et en particulier les Européens, ont répété à la Russie : « Ne vous inquiétez, ce n’est que de la rhétorique. Nous ne pouvons pas leur dire non mais ils n’ont aucune chance de nous rejoindre… » Mais dans le même temps, le mémorandum de Bucarest de 2008 dit clairement que la Géorgie et l’Ukraine seront membres de l’OTAN. Ce document officiel n’a jamais été dénoncé.

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Ensuite, pourquoi cette crise intervient maintenant ? Il y a deux raisons. La première est l’augmentation significative de la coopération militaire avec l’Ukraine, principalement de la part des Etats-Unis et de la Turquie. Que les Occidentaux aident Kiev à accroître significativement sa puissance militaire est peut-être encore plus grave pour Moscou qu’une adhésion formelle à l’OTAN.

La deuxième raison tient à la conviction que le processus politique de résolution du conflit dans le Donbass, le processus de Minsk, a été épuisé. Et, en parallèle, qu’aucun dialogue substantiel n’est possible avec l’actuel président ukrainien [Volodymyr Zelensky]. La conclusion est qu’il faut s’emparer du problème maintenant, pour éviter un vrai conflit plus tard.

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« Si l’Ukraine devient une plate-forme pour des forces hostiles, la Russie verra là une menace existentielle »

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