Répression des Ouïgours : le Sénat américain interdit l’importation de produits fabriqués dans le Xinjiang

C’est une première dans la défense des droits des Ouïgours, cette minorité musulmane chinoise. Le Sénat américain a approuvé à l’unanimité, jeudi 16 décembre, une loi interdisant l’importation aux Etats-Unis d’un large éventail de produits fabriqués dans la province chinoise du Xinjiang. L’objectif est de lutter contre le travail forcé des Ouïgours.

L’adoption du texte est une victoire pour les partisans d’une politique agressive destinée à lutter contre la violation des droits humains. Ce vote est intervenu malgré la campagne de lobbying des entreprises qui arguaient que cette législation perturberait les chaînes d’approvisionnement mondiales, déjà sous pression en raison de la pandémie. Le texte est désormais sur le bureau du président Joe Biden pour signature.

Lire aussi Article réservé à nos abonnés Au Xinjiang, une « formatrice » dans l’enfer d’un camp de rééducation

Il prévoit le bannissement de produits fabriqués totalement ou en partie au Xinjiang, à moins que les entreprises ne soient en mesure d’apporter la preuve aux douaniers que les produits n’ont pas été fabriqués en ayant recours au travail forcé.

« De nombreuses entreprises ont déjà pris des mesures pour faire le nettoyage sur leurs chaînes d’approvisionnement », a assuré Marco Rubio, sénateur républicain de Floride et l’un des auteurs du projet de loi. Il a souligné qu’il fallait agir pour cesser de faire des Américains « des complices involontaires des atrocités, du génocide commis par le Parti communiste chinois ».

Pékin est accusé par les pays occidentaux d’enfermer massivement les Ouïgours, une communauté à majorité musulmane et turcophone de l’ouest de la Chine, dans de vastes camps de travail.

Lire aussi Article réservé à nos abonnés Aux Etats-Unis, l’accusation de génocide des Ouïgours à l’encontre de la Chine se renforce

Une trentaine d’entreprises chinoises placées sur une liste noire

« Nous sommes d’accord avec le Congrès pour dire que des mesures peuvent et doivent être prises pour tenir la République populaire de Chine responsable du génocide et des violations des droits humains et pour lutter contre le travail forcé au Xinjiang », avait déclaré mardi la porte-parole de la Maison Blanche, Jen Psaki, au moment de l’annonce d’un accord sur le texte. « L’administration [Biden] travaillera en étroite collaboration avec le Congrès pour mettre en œuvre ce projet de loi, afin de garantir que les chaînes d’approvisionnement mondiales sont exemptes de travail forcé », avait-elle ajouté dans un communiqué.

La décision du Sénat intervient alors que le département du commerce et le Trésor ont annoncé de nouvelles sanctions à l’encontre d’entreprises de biotechnologie et de high-tech chinoises accusées de mettre leur technologie au service du gouvernement pour amplifier la surveillance des Ouïgours.

Lire aussi Article réservé à nos abonnés Travail forcé des Ouïgours : en portant plainte contre des géants du textile, des associations espèrent l’émergence d’une jurisprudence

Jeudi, le ministère du commerce a lancé l’offensive en plaçant une trentaine d’entités sur une liste noire restreignant les exportations sensibles. Puis le Trésor a interdit aux ressortissants américains de commercer avec huit entreprises high-tech, dont le numéro un mondial des drones, DJI, qui se trouvait déjà depuis deux ans sur la liste noire du ministère du commerce.

Des groupes de défense des droits humains ont rapporté que la Chine exerçait une surveillance sans précédent sur cette population, en ayant recours aux recherches sur l’ADN et sur l’intelligence artificielle.

Des instituts de recherche dans le collimateur de Washington

« La recherche scientifique en biotechnologie et en innovation médicale peut sauver des vies. Malheureusement, la République populaire de Chine choisit d’utiliser ces technologies pour contrôler son peuple et réprimer des membres de groupes minoritaires ethniques et religieux », a déploré la secrétaire américaine au commerce, Gina Raimondo, pour justifier les nouvelles sanctions.

Les instituts de recherche visés par les dernières actions américaines comprennent des centres axés sur les transfusions sanguines, la bio-ingénierie et la toxicologie. Cela « montre comment les entreprises privées des secteurs chinois des technologies de défense et de surveillance coopèrent activement avec le gouvernement dans ses efforts pour réprimer les membres des groupes ethniques et religieux minoritaires », a déclaré le sous-secrétaire au Trésor chargé du terrorisme et du renseignement financier, Brian Nelson. « Le Trésor reste déterminé à garantir que le système financier américain et les investisseurs américains ne soutiennent pas ces activités », a-t-il ajouté.

Lire aussi Article réservé à nos abonnés Appels au boycottage en Chine contre les marques qui refusent l’utilisation du coton du Xinjiang, lié au travail forcé des Ouïgours

Au total, trente-sept entités ont été ajoutées à la liste du ministère du commerce des entreprises accusées d’être impliquées dans des activités « contraires à la politique étrangère et aux intérêts de sécurité nationale des Etats-Unis ». La liste comprend des entreprises chinoises, mais aussi des firmes de Géorgie, de Malaisie et de Turquie, selon le document qui doit être publié au Journal officiel vendredi.

Concrètement, Washington a décidé de restreindre les exportations sensibles vers l’Académie chinoise des sciences médicales militaires, et onze de ses instituts de recherche, en raison de ses travaux de biotechnologie, y compris « de prétendues armes de contrôle du cerveau », détaille-t-il.

Le Monde avec AFP

We want to thank the author of this post for this remarkable web content

Répression des Ouïgours : le Sénat américain interdit l’importation de produits fabriqués dans le Xinjiang

Decode The News Podcast