Malgré une forte demande, l’Afrique de l’Ouest peine à se faire une place dans l’industrie du jeu vidéo

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Lors du Festival électronique du jeu vidéo d’Abidjan en novembre 2018.

Manette personnalisée en main et casque audio vissé sur la tête, un millier de « gamers » ivoiriens et ouest-africains se jaugent du coin de l’œil. Réunis pour la cinquième édition du Festival électronique du jeu vidéo d’Abidjan (FEJA) du 25 au 28 novembre, ils s’affrontent sur Tekken, FIFA, Streetfighter, Fortnite… Les parties s’enchaînent en simultané face à des spectateurs chauffés à blanc.

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Sidick Bakayoko, l’initiateur de l’événement, devrait s’en réjouir. Il n’est qu’à demi satisfait : « Avoir une compétition majeure d’e-sport, c’est bien, mais des jeux vidéo africains, ce serait encore mieux », confie l’ingénieur de formation, aujourd’hui à la tête de Paradise Game, la plus grande salle de divertissement numérique de Côte d’Ivoire.

Selon une étude du cabinet spécialisé néerlandais Newzoo, l’Afrique représente aujourd’hui moins de 1 % du secteur alors que l’industrie du jeu vidéo a brassé dans le monde pas moins de 175,8 milliards de dollars (environ 156 milliards d’euros) en 2021. Entre 2015 et 2021, le nombre de joueurs africains a pourtant plus que doublé, passant de 77 millions à 186 millions. Et parmi eux, 95 % jouent sur leur téléphone, plutôt que sur console ou PC.

« Les annonceurs ne suivent pas »

Pourquoi, si la demande augmente, l’offre locale a-t-elle du mal à suivre ? D’après Sidick Bakayako, il existe quelque 300 studios de créations africains indépendants, mais seule « une dizaine, tout au plus, s’en sort et dégage des bénéfices grâce aux jeux vidéo. Pour survivre, les autres sont contraints de compter sur l’animation, la production ou la création de contenu notamment pour les marques », poursuit-t-il. Parmi ceux qui s’en sortent, essentiellement en Afrique du Sud, certains font de la sous-traitance pour des studios de création internationaux. En Côte d’Ivoire, seuls deux studios sont exclusivement dédiés à la création de jeux vidéo.

Mais un même problème se pose à tous sur le continent, gros ou petits, étrangers ou locaux : comment distribuer et monétiser le jeu sur mobile auprès de populations peu bancarisées (autour de 20 % de la population ouest-africaine) ? La publicité est souvent évoquée, mais, pour l’instant, « les annonceurs ne suivent pas », confie Sidick Bakayoko.

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Sans carte bancaire, le client n’a pas non plus accès aux boutiques de Google ou d’Apple. Dans ces conditions, difficile pour les petits studios africains qui sortent des jeux après plusieurs années d’investissement et de développement de rentrer dans leurs coûts.

Beaucoup voient aujourd’hui dans le paiement mobile proposé par les grands opérateurs des télécoms une des solutions au problème de monétisation. En Afrique du Sud, mais aussi en Afrique de l’Ouest, des partenariats se nouent entre des opérateurs et des plateformes qui distribuent les jeux, et, parfois, directement avec le studio de création.

C’est le cas de Kiro’o Games, un studio camerounais dirigé par Olivier Madiba et qui a lancé, en 2016, le jeu fantastique Aurion : l’héritage des Kori-Odan. Une version mobile du jeu est sortie dans laquelle « un joueur peut faire des achats “in-app” [directement dans le jeu] et ceux-ci seront défalqués de son compte bancaire via son opérateur », explique l’entrepreneur.

Grâce à cette solution, 6 % des utilisateurs procèdent au moins une fois à un paiement “in-app”. La moyenne mondiale est de 14 %, mais « c’est un bon chiffre sur un continent où l’on disait que les gens n’aimaient que le gratuit et c’est la preuve qu’il y a des solutions innovantes pour monétiser nos jeux », estime Olivier Madiba.

« Désintérêt des banques africaines »

En Côte d’Ivoire, Orange et MTN travaillent avec Gameloft, le géant français, pour distribuer son catalogue de jeux. Mais les opérateurs ne sont pas les seuls à s’intéresser au marché du jeu en ligne : en Afrique du Sud, Jumia, le géant de l’e-commerce, s’est associé à une plate-forme de contenu numérique pour proposer à ses clients des services de divertissement en ligne.

Mais, hormis la monétisation, un autre écueil empêche les créateurs et développeurs africains de réussir dans cet environnement très concurrentiel : le manque de financement. « Les banques africaines ne s’intéressent pas aux studios de création africains et les VC [Venture Capital, l’investissement spécialisé dans les jeunes entreprises innovantes] nous demandent des choses qui ne sont pas compatibles avec la réalité africaine », analyse Olivier Madiba, qui y voit « une forme de condescendance ».

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Grâce à l’Equity Crowd Funding, une forme de financement participatif, lui a pu amasser jusqu’à 750 000 dollars (quelque 665 000 euros). Aujourd’hui, son capital est ouvert en attendant qu’un investisseur institutionnel s’intéresse à lui.

« Un jeu vidéo c’est une trentaine de métiers différents », répètent souvent les professionnels pour signifier les besoins en ressources humaines autant que le potentiel de création d’emplois qu’offre le secteur. Mais si la formation a pu être un frein au développement d’un écosystème porteur pour le jeu vidéo africain, les choses évoluent.

Plusieurs établissements, notamment en Afrique du Sud et au Kenya, ont vu le jour ces dernières années. A Tunis, une école du jeu vidéo, accueille depuis quelques années près de quinze nationalités, essentiellement d’Afrique de l’Ouest. Des programmes de formation de talents africains se développent également au sein des studios internationaux.

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