Malgré la crise politique, la Bosnie ne veut pas croire pas au retour de la guerre

Incrédule, la Bosnie-Herzégovine ne parvient pas à croire qu’elle pourrait être à l’aube d’une nouvelle guerre, comme l’annoncent les oiseaux de mauvais augure. La perspective semble folle, une génération après un conflit qui a fait 100 000 morts et 2 millions de réfugiés. Dans les cafés de Sarajevo ou de Banja Luka, la crise politique qui ébranle le pays ferait plutôt ricaner, et nul ne croit que ses dirigeants, certes généralement qualifiés d’incompétents et d’irresponsables, aillent jusqu’à provoquer un conflit armé.

La crise actuelle est née de l’annonce par Milorad Dodik, l’élu serbe à la présidence tripartite de Bosnie, que la République serbe – l’une des deux entités du pays avec la Fédération croato-bosniaque – va quitter la majorité des institutions bosniennes communes. M. Dodik affirme vouloir « revenir à Dayton », l’accord de paix de 1995 qui ne prévoyait qu’un embryon d’Etat central, et faire annuler toutes les décisions prises en vingt-six années de paix par le haut représentant international en Bosnie-Herzégovine et par le Parlement bosnien.

Lire aussi Article réservé à nos abonnés Bosnie : vingt-cinq ans après, la « génération perdue » de l’accord de Dayton

Une réunion du Parlement de la République serbe devait acter, vendredi 10 décembre, les premières mesures décidées unilatéralement par Banja Luka.

La crise a éclaté en juillet après la décision du haut représentant international en Bosnie-Herzégovine Valentin Inzko – prise quatre jours avant la fin de son mandat – d’interdire par décret la glorification des criminels de guerre et le déni du génocide de Srebrenica. La République serbe ne reconnaît pas l’existence d’un génocide de Srebrenica ou le siège de Sarajevo.

« La plus grande menace existentielle de l’après-guerre »

Milorad Dodik a ensuite multiplié les déclarations incendiaires. Il ne se contente plus de réclamer le retrait du décret mémoriel mais l’annulation des 142 lois adoptées depuis Dayton pour renforcer l’Etat central. Même s’il assure respecter les dispositions de l’accord de paix, M. Dodik se prépare, s’il met ses menaces à exécution, à mener la République serbe vers une indépendance de facto.

Le successeur de M. Inzko, le diplomate allemand Christian Schmidt, a, dans son premier rapport adressé aux Nations unies (ONU), en octobre, indiqué que la Bosnie faisait face à « la plus grande menace existentielle de l’après-guerre », avec un risque « très réel » de conflit.

Milorad Dodik balaie cette perspective d’un revers de la main. Recevant Le Monde à Banja Luka, il assure mener « un combat politique ». L’homme fort de la République serbe souffle, comme à son habitude, le chaud et le froid. D’un côté, il affirme « ne pas avoir de temps à perdre » à dialoguer avec le haut représentant et menace de « récréer l’armée de République serbe », et de l’autre, il s’affirme pacifique et propose « une démilitarisation totale » du pays.

Il vous reste 66.04% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

We would love to give thanks to the writer of this write-up for this amazing web content

Malgré la crise politique, la Bosnie ne veut pas croire pas au retour de la guerre

Decode The News Podcast