« Les Mystères de la tapisserie de Bayeux », sur France 5 : une vieille dame très entourée

france 5 – jeudi 9 décembre à 20 h 55 – documentaire

C’est une vieille dame qui reste entourée de mystères. Près de mille ans après sa fabrication, la tapisserie de Bayeux continue de fasciner historiens et scientifiques. Destinée à célébrer la conquête de l’Angleterre par Guillaume de Normandie en 1066, la broderie de 68,4 mètres de longueur a traversé les siècles et survécu par miracle aux guerres et aux révolutions, aux incendies et aux intempéries.

« Aucune œuvre d’une envergure comparable n’est parvenue jusqu’à nous, quelle que soit la période de notre histoire », relate avec raison le documentaire qu’Alexis de Favitski et Jonas Rosales consacrent à la précieuse relique. A titre de comparaison, la tenture de la Dame à la licorne, autre tapisserie célèbre, conservée au musée de Cluny, date du début de XVIe siècle.

Malgré son grand âge, la tapisserie de Bayeux – qui est en fait une broderie – est loin d’avoir livré tous ses secrets. Il n’existe toujours aucune certitude sur l’identité de son commanditaire et le lieu où elle a été fabriquée. Il pourrait s’agir d’Odon de Conteville, le demi-frère de Guillaume le Conquérant. Evêque de Bayeux et comte de Kent, il apparaît à de nombreuses reprises sur les neuf toiles de lin qui supportent la broderie.

Véritable livre d’images

L’analyse des cinquante-huit scènes qui la composent laisse aussi penser qu’elle pourrait avoir été brodée à l’abbaye anglaise de Cantorbéry, qui se trouve justement dans le Kent. Mais difficile de l’affirmer, car personne ne sait où se trouvait la tapisserie durant les quatre cents premières années de sa vie : la première preuve de son existence ne date que de 1476, dans un inventaire de la cathédrale de Bayeux.

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En attendant de lever ses derniers mystères, la tapisserie de Bayeux est consultée par de nombreux universitaires, qui viennent y puiser matière à confirmer ou infirmer leurs hypothèses sur la façon dont les Européens vivaient au XIe siècle.

Véritable livre d’images, la broderie regorge de détails sur les navires de l’époque (trente-deux y sont représentés), sur l’architecture des châteaux à motte, la façon de se battre à la lance et à l’épée (la bataille de Hastings, qui fut décisive en 1066 dans la conquête de l’Angleterre par Guillaume, rebaptisé « le Conquérant », occupe le tiers de l’œuvre) ou encore le régime alimentaire des Anglais et des Normands : en gros, les premiers privilégiaient la bière, les seconds le porc et les poissons de mer.

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On pourra seulement regretter que le documentaire, qui n’évite pas les longueurs, élude certains sujets. Comme ces scènes représentant des femmes dénudées, poursuivies par des hommes à l’approche de la bataille, qui pourraient suggérer des viols commis par l’armée normande sur la population anglaise. De même, rien n’est dit ou presque sur la façon dont Guillaume mit au pas la noblesse insulaire après sa victoire, confisquant la quasi-totalité des terres anglaises pour les donner à ses fidèles et réprimant avec férocité les différentes tentatives de rébellion.

Les spécialistes ont, il est vrai, une circonstance atténuante : la tapisserie se termine abruptement après Hastings – le couronnement de Guillaume n’y est même pas représenté –, ce qui laisse à penser que sa dernière partie a été détruite ou qu’elle n’a jamais été terminée. Un autre mystère.

« Les Mystères de la tapisserie de Bayeux », documentaire d’Alexis de Favitski et Jonas Rosales (France, 2021, 90 min. Coproduit par La Compagnie des Taxi-Brousse) Emission « Science grand format », France 5.

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« Les Mystères de la tapisserie de Bayeux », sur France 5 : une vieille dame très entourée

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