Les logiciels recruteurs écartent des millions de candidats à l’emploi aux Etats-Unis

Vingt-sept millions de travailleurs oubliés : de personnes sous-employées, ou tout simplement au chômage. C’est le nombre « de travailleurs cachés » aux Etats-Unis que met en lumière, une récente étude réalisée par le professeur Joseph Fuller, de la Harvard Business School, avec les experts consultants du groupe Accenture. En ces temps de reprise économique d’après-Covid et de montée en puissance des offres d’emploi non satisfaites, l’énormité du chiffre choque.

Surtout que le phénomène ne se limite pas aux frontières de l’Amérique. L’enquête s’appuie sur un sondage auprès de 8 000 « travailleurs oubliés » et de 2 250 dirigeants américains, anglais et allemands. Quand les employeurs multiplient les marques de bonne volonté, bonus et flexibilité de l’offre à l’appui, il est étonnant qu’un tel volume de personnes qualifiées échappe à leurs radars. Et pourtant, c’est bien le cas : 88 % des employeurs reconnaissent que des tas de candidats tout à fait valables sont éliminés par leurs services de recrutement.

Pourquoi cette déperdition massive ? Une partie de la réponse se trouve dans le recours aux logiciels ! Ceux qu’on appelle ARS (Automated Recruiting System) et RMS (Recruiting Management and Marketing System). Ces logiciels sont censés faciliter la migration des offres d’emploi sur Internet. Les petites annonces en ligne doivent permettre de toucher un public plus vaste et de diversifier les réponses. De fait, souligne l’étude du professeur Fuller, une offre attirait en moyenne 120 candidatures au début de la décennie 2010, quand aujourd’hui 250 amateurs se précipitent.

Critères « irréalistes »

Les logiciels dernier cri, équipés d’intelligence artificielle et de machine learning, accompagnent le processus sur toute la longueur, de la description du poste à la sélection des postulants… Et c’est là que les « talents inexploités » disparaissent, car, explique le professeur, « ce ne sont pas des candidats parfaits ».

Lorsque les recruteurs incorporent dans l’offre d’emploi les qualifications essentielles nécessaires, ils incluent trop souvent des critères « pas fous, mais irréalistes », souligne M. Fuller. Le candidat ayant un trou de plus de six mois dans son CV passe automatiquement à la trappe. Celui qui n’a pas de diplôme universitaire le suit de près, tout comme le repris de justice. Ces filtres éliminent automatiquement des candidats qualifiés pour un poste ne nécessitant pas d’études supérieures.

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Le logiciel se débarrasse également de la jeune mère ayant pris quelques mois pour s’occuper de son bébé, ou du salarié expérimenté qui a soigné un parent malade. Puis « certains recruteurs ont des demandes extrêmes, poursuit-il. L’infirmière, par exemple, doit être capable d’inscrire les informations du patient dans l’ordinateur. On veut alors qu’elle sache programmer. Il y a aussi le cas de l’installateur de télé câblée, Internet et téléphone. Son employeur aimerait qu’il vende des services complémentaires… on exige un diplôme en marketing. »

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