Les Hongkongais ont boudé les élections « patriotiques »

Avec seulement 30 % de participation pour l’élection des seuls sièges à être désignés au suffrage universel du nouveau Parlement de Hongkong, le scrutin du 19 décembre est un désaveu cinglant du gouvernement pro-Pékin mené par Carrie Lam. En chiffres absolus, 3,1 des 4,5 millions d’électeurs se sont abstenus de voter dimanche, en dépit des nombreux moyens déployés pour les inciter à le faire. Près de 2 % des bulletins étaient blancs ou nuls. C’est, de loin, le plus faible taux de participation jamais atteint lors d’élections législatives depuis la rétrocession de Hongkong à la Chine en 1997.

Ces pseudo-élections sont en fait l’aboutissement d’un long processus d’épuration du Parlement, qui avait commencé en 2016, lorsqu’un nombre inattendu de jeunes députés rebelles avaient réussi à se faire élire. Une procédure de disqualification imposée par Pékin avait éliminé les éléments les plus indociles, au prétexte de serments mal prêtés. Pékin a ensuite jugé plus sûr de changer intégralement l’organisation du parlement en imposant un nouveau code électoral en mars 2021, une manière de garder une apparence de consultation démocratique en éliminant le moindre risque. Pékin a par ailleurs publié lundi matin un livre blanc sur « la démocratie avec des caractéristiques de Hongkong ».

Lire aussi Article réservé à nos abonnés Hongkong : Jimmy Lai et sept autres militants condamnés à des peines de prison ferme, à la suite de la veillée interdite du 4 juin

Au total, 153 candidats « patriotes » se disputaient les 90 sièges du nouveau Parlement, défini par le code électoral conçu et imposé par Pékin en mars. L’ensemble des candidats était passé au préalable par un laborieux processus de validation, au détriment de ceux du camp prodémocratie, qui n’ont pas pu se présenter.

Les candidats de l’Alliance démocratique pour l’amélioration et le progrès, le grand parti pro-Pékin de Hongkong (où le Parti communiste chinois n’est pas représenté), ont presque tous été élus ou réélus. Les quelques candidats qui, à l’instar d’un chauffeur de bus, d’un électricien, du célèbre homme d’affaires canadien naturalisé chinois Allan Zeman, ou de l’ancien haut fonctionnaire britannique, également naturalisé chinois, Mike Rowse, auraient pu apporter un petit élément de « diversité » à ce Parlement, ont tous été battus.

Transports gratuits

Même si le scrutin était dépourvu de tout enjeu politique, le gouvernement espérait tout de même atteindre un taux de participation qui donnerait un semblant de crédibilité à cet exercice. Une intense campagne publicitaire a eu lieu, et une loi criminalisant les appels au boycottage ou au vote blanc a été adoptée. Les bureaux de vote sont restés ouverts pendant quatorze heures d’affilée. Trois autres bureaux de vote exceptionnels ont également été installés à la frontière avec la Chine pour permettre aux citoyens hongkongais vivant en Chine continentale de voter – sans avoir à se plier aux formalités rédhibitoires de quarantaine.

Il vous reste 53.79% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

We would like to say thanks to the author of this post for this incredible material

Les Hongkongais ont boudé les élections « patriotiques »

Decode The News Podcast