Les casques blancs de Syrie, à la vie à la mort

Par Cécile Hennion

Publié aujourd’hui à 14h30, mis à jour à 14h32

Une salve de missiles russes, des panaches de fumée derrière une rangée d’oliviers, des corps sous des décombres. Ainsi s’est achevé, le 11 novembre au matin, le périple d’une famille syrienne déplacée. Elle avait trouvé refuge dans une ferme de Maarat Misrin, dans le nord du gouvernorat d’Idlib. Trois enfants et leurs parents étaient déjà morts à l’arrivée des secouristes de la Défense civile syrienne (Al-Difaa Al-Madani), qui sont parvenus à sauver six autres membres de la famille, blessés, en les transportant à temps à l’hôpital. Deux ans, jour pour jour, après la disparition de leur figure tutélaire, James Le Mesurier, dont le suicide présumé a mis un terme à leur médiatisation, les sauveteurs volontaires poursuivent leur mission en Syrie, tel Sisyphe poussant son rocher : « Lorsque pleuvent les bombes, nous accourons. »

Les territoires où ils opèrent n’ont cessé de se rétrécir depuis la chute d’Alep-Est en décembre 2016, pour se limiter aujourd’hui au coin nord-ouest de la Syrie : une région où les conditions de vie sont désastreuses et où les bombes continuent de tomber dans l’indifférence générale, dont celle en particulier des Nations unies, frappées d’asthénie face à la guerre en Syrie. Les vocations suscitées par les héroïques casques blancs – surnom qu’ils doivent à la couleur de leur couvre-chef – n’ont cependant pas faibli.

Au plus fort du conflit syrien, ils fouillaient à mains nues les gravats d’immeubles broyés par les bombes-barils ou les missiles, à la recherche d’un souffle de vie. Pour des milliers de familles prises dans des situations inextricables, ils continuent de personnifier l’ultime espoir de revoir un proche vivant. Ils comptent actuellement plus de 3 000 bénévoles, dont 250 femmes.

Armes interdites

A l’image de la plupart des organisations non gouvernementales nées dans le sillage du soulèvement syrien, les casques blancs ont émergé de manière spontanée, à l’initiative de jeunes organisés en petites unités de quartier. Des hommes et des femmes ordinaires, issus de tous corps de métier, qui ont rejoint une poignée de pompiers d’avant-guerre déterminés à se rendre utiles, à Idlib, à Alep, dans les zones perdues par le régime et privées de services publics.

Mounir Moustafa était ainsi pompier à Alep lorsque la ville bascula dans la guerre, à l’été 2012. Alors qu’un incendie ravage un quartier kurde échappant au contrôle du régime, les autorités interdisent à son équipe d’intervenir. Défiant les ordres, Mounir et ses hommes partent éteindre les flammes. Ils font aussitôt défection et fondent le premier centre d’intervention d’urgence d’Alep. Raed Al-Saleh, qui prendra la tête du groupe, est né en 1983 à Jisr Al-Choghour. Il était vendeur de matériel électrique avant la guerre. Beaucoup ont participé aux manifestations de 2011 et assisté à la répression du régime s’abattant sur la population civile. Certains ont combattu dans les rangs rebelles avant d’abandonner les armes, interdites par le code de conduite des volontaires. Tous ont en commun d’avoir rejeté la violence, sans tourner le dos à la révolution.

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